Le Monde est un Jardin

À l’heure des mains jointes (1906)

Le monde est un jardin de plaisir et de mort,Où l’ombre sous les bleus feuillages semble attendre,Où la rose s’effeuille avec un bruit de cendre,Où le parfum des lys est volontaire et fort.

Parmi les lys nouveaux et les roses suprêmes,Nous mêlons nos aveux à d’antiques sanglots…Le monde est le jardin où tout meurt, les pavotsEt les sauges et les romarins et nous-mêmes.

Des rires sont cachés partout ; l’on sent courirAu ras du sol les pieds invisibles des brises,Et nous nous promenons dans ce jardin, éprisesEt ferventes, sachant que nous devons mourir…

Nous allons au hasard de nos rêves, j’effleureTon col, et tes yeux sont comme un lac endormi.Le soleil nous regarde avec des yeux d’ami,Et nous ne songeons point à la fuite de l’heure.

Nous marchons lentement et notre ombre nous suit…Le vent bruit avec un long frisson de traîne…Nous qui ne parlons pas de notre mort certaine,Avons-nous oublié l’approche de la nuit ?…

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