Mon Ami le Vent…

À l’heure des mains jointes (1906)

Je t’aime et te salue, ô mon ami le ventQui rôdes à travers les champs gras où l’on sème,Et qui viens te pencher sur la mer, en buvantLes flots dont l’âcreté ravive ta soif blême…

Rien ne saurait combler le vide de mes bras,Et mes jours impuissants ont des torpeurs mauvaises…J’aspire aux infinis que l’on n’atteindra pas…Quand m’emporteras-tu vers les rudes falaises ?

Quand m’emporteras-tu vers les gris horizons,Vers les récifs et vers les îles désoléesOù les plantes n’ont point les magiques poisonsQue cherchent en vain les princesses exilées ?…

Quand m’emporteras-tu vers l’éternel hiverOù nul essor de blancs goélands ne s’élance,Où les soirs ont glacé le tourment de la mer,Où rien d’humain ne vit au milieu du silence ?

Comments

Loading comments…