Voici mon Mal

À l’heure des mains jointes (1906)

Parmi mes lys fanés je songe que c’est toiQui me fis le plus grand chagrin d’amour, Venise !Tu m’as trahie autant qu’une femme et conquiseEn me prenant ma force, et mon rêve et ma foi.

… Je ne cherche plus rien dans Venise : l’ivresseDes beaux palais n’est plus en moi ; le chant banalDes gondoliers me fait haïr le Grand Canal,Et je n’espère plus aimer la Dogaresse.

Voici mon mal : il est négligeable et profond.Rendue indifférente à la beauté que j’aime,J’erre, portant le deuil éternel de moi-même,Parce que je n’ai pas de lauriers à mon front.

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