« Elles passent au loin, frêles musiciennes »
Études et Préludes (1901)
SONNET
Elles passent au loin, frêles musiciennes.Leur présence est pareille à l’ombre d’une voix,Et leur souffle est dans l’air plein de légers émois,D’accords agonisants aux langueurs lesbiennes.Elles vont enseigner, formes aériennes,L’harmonie et la règle aux rossignols des boisEt murmurent en chœur leurs amours d’autrefois,Aux sons luxurieux des lyres anciennes.
Leurs vers de passion pleurent au fond des nuits.Elles mêlent des vols, des frissons et des bruitsAux forêts de mystère et d’ombre recouvertes.Comme pour exhaler le chant ou le soupirOn les sent hésiter, les lèvres entr’ouvertes…Et le poète seul les entend revenir.
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