Les Couleurs
Évocations
LES COULEURS
loignez de mes yeux les flamboiements barbaresDu Rouge, cri de sang que jettent les fanfares.Éteignez la splendeur du Jaune, cri de l’or,Où le soleil persiste et ressurgit encor.Écartez le sourire invincible du Rose,Qui jaillit de la fleur ingénument déclose,
Et le regard serein et limpide du Bleu, —Car mon âme est, ce soir, triste comme un adieu.Elle adore le charme atténué du Mauve,Pareil aux songes purs qui parfument l’alcôve.Et la mysticité du profond Violet,Plus grave qu’un chant d’orgue et plus doux qu’un reflet.Versez-lui l’eau du Vert, qui calme le suppliceDes paupières, fraîcheur des yeux de Béatrice.Entourez-la du rêve et de la paix du Gris,Crépuscule de l’âme et des chauves-souris.Le Brun des bois anciens, favorable à l’étude,Sait encadrer mon silence et ma solitude.Venez ensevelir mon ancien désespoirSous la neige du Blanc et dans la nuit du Noir.
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