Les Amazones
Cendres et Poussières (1902)
LES AMAZONES
n voit errer au loin les yeux d’or des lionnes…L’Artémis, à qui plaît l’orgueil des célibats,Qui sourit aux fronts purs sous les blanches couronnes,Contemple cependant sans colère, là-bas,S’accomplir dans la nuit l’hymen des Amazones,Fier, et semblable au choc souverain des combats.
Leur regard de dégoût enveloppe les mâlesEngloutis par les flots nocturnes du sommeil.L’ombre est lourde d’échos, de tiédeurs et de râles…Elles semblent attendre un frisson de réveil.La clarté se rapproche, et leurs prunelles pâlesVictorieusement reflètent le soleil.Elles gardent une âme éclatante et sonoreOù le rêve s’émousse, où l’amour s’abolit,Et ressentent, dans l’air affranchi de l’aurore,Le mépris du baiser et le dédain du lit.Leur chasteté sanglante et sans faiblesse abhorreLes époux de hasard que le rut avilit.« Nous ne souffrirons pas que nos baisers sublimesEt l’éblouissement de nos bras glorieuxSoient oubliés demain dans les lâches abîmesOù tombent les vaincus et les luxurieux.Nous vous immolerons ainsi que les victimesDes autels d’Artémis au geste impérieux.
« Parmi les rayons morts et les cendres éteintes,Vos lèvres et vos yeux ne profaneront pasL’immortel souvenir d’héroïques étreintes.Loin des couches sans âme et de l’impur repas,Vous garderez au cœur nos caresses empreintesEt nos soupirs mêlés aux soupirs du trépas ! »
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