Les Ébauches
Chansons pour mon ombre (1907)
LES ÉBAUCHES
e charme douloureux des ébauches m’attire,Tel un gardénia qu’une haleine meurtrit.Car la beauté jadis entrevue y sourit,Harmonieusement, de son demi-sourire.Les visages fuyants et les frêles contoursS’estompent sur la toile irréelle du rêve,Ne laissant au regard qu’une vision brèveDont la divinité se dérobe toujours…
Car l’ébauche est la sœur fragile des ruinesQui mêlent leur hantise et leur pâleur au soir,Évoquant la lumière ancienne d’un pouvoirSombré dans le palais que voilent les bruines.Et l’on sent défaillir le vouloir entravéSous la ténuité morbide de l’esquisse…Sa grâce fugitive, où le regret se glisse,A l’infini du vague et de l’inachevé…
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