Voici ce que je chanterai
Flambeaux éteints
VOICI CE QUE JE CHANTERAI…
Voici maintenant ce que je chanterai bellement afin de plaire à mes maîtresses.
Psappha.
Les suaves repos, les tendres accalmies,Vous seules me les donnâtes, ô mes amies !Je suis reconnaissante et charmée en songeantÀ vos longs corps pareils à des cierges d’argent.Vous fûtes la bonté de mes heures mauvaises,Le baume oriental qui trompe les malaises,Et vous m’avez conduite en un verger païenOù l’âme ne regrette et ne désire rien.
Vos fûtes la fraîcheur du soir sur mon visageEt la volupté triste et la tristesse sage.Par vous, jadis, ô mes maîtresses ! je connusLa majesté des seins magnifiquement nus…Vous fîtes rire en moi la jeunesse et la vie :Vous m’avez consolée et vous m’avez ravie.Au hasard des destins, vous fûtes tour à tourLa passion cruelle et le tremblant amour.Je vous prends et je vous respire, mes aimées,Ainsi qu’une guirlande aux fraîcheurs embaumées.Vous avez su tourner vers vous tous mes désirsEt vous avez rempli mes mains de souvenirs.Je vous ai dit, à vous qui m’avez couronnée :« Qu’importent les demains ?… Cette nuit m’est donnée…« Éternelle douceur de la douceur qui fuit !« Nul vent n’emportera l’odeur de cette nuit… »
Vous avez dénoué mes cheveux, ô maîtresses !Et vous avez mêlé des roses à mes tresses,Si bien que je n’ai plus sangloté de ne voirÀ mon front ni léger pampre ni laurier noir.La gloire m’a souri dans les aubes doréesPuisque ma gloire est de vous avoir adorées.Vous m’avez enseigné dans les jardins, sachantQue je vous louerais mieux, l’amertume du chant.Et d’une voix parfois troublée et parfois claireÔ femmes, j’ai chanté dans l’espoir de vous plaire…
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