La Douve

La Vénus des aveugles

LA DOUVE

’aube a des pas furtifs de louveEt des yeux de chacal…De mes mains j’ai creusé la douve ;J’ai bâti, sans vassal,La tour aux murs noirs qui t’encloître.Ton épouvante voit s’accroître,Pareil à l’enflure d’un goître,Mon amour féodal.

Que m’importe ton regard triste,Moiré, tel un pigeon ?Qu’importe à mon trouble égoïsteLe rosier sans bourgeon ?Je suis aussi lâche qu’un homme,Et je t’ordonne et je te sommeDe languir en mes baisers commeEn un étroit donjon.Et je maintiendrai sur ton sexeMon droit de suzerain :Tu briseras ton front complexeContre mon front d’airain.Lasse de voir tomber la brumeD’un ciel malade d’amertume,Dans l’ombre où l’espoir se consume,Tu périras de faim.

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