À Venise

Poèmes

À VENISE

Tout s’élargit. Le soir qui tombe est magnifiqueEt vaste. Comme un Doge amoureux de la mer,Parmi l’effeuillement des roses, la musiqueDes luths, l’or qui flamboie ainsi qu’un rouge éclair,Moi, j’irai, dominant le cortège mystique,Et, somptueusement, j’epouserai la mer.

J’épouserai la mer, la souveraine amante,Le parfum et le sel de son royal baiserIrriteront la soif de ma bouche brûlante,Et, tel un souvenir qui ne peut s’apaiser,S’élèvera le vent des espacés qui chanteDans le ciel nuptial l’infini du baiser.Je verrai tressaillir l’ombre des hippocampes.Les algues s’ouvriront comme s’ouvrent les fleurs,Et le phosphore, aux bleus rayonnements de lampes,Allumera pour moi de vivantes pâleurs :Afin de couronner mes cheveux et mes tempes,Les algues flotteront, plus belles que les fleurs.Ainsi, laissant flotter mon corps à la dérive,Je mêlerai mon âme à l’âme de la mer,Je mêlerai mon souffle à la brise furtive.Se dissolvant, légère et fluide, ma chairNe sera plus qu’un peu d’écume fugitive.Dans la pourpre du soir j’épouserai la mer.

LET THE DEAD BURY THEIR DEAD

Voici la nuit : je vais ensevelir mes morts,Mes songes, mes désirs, mes douleurs, mes remords,Tout le passé… Je vais ensevelir mes morts.J’ensevelis, parmi les sombres violettes,Tes yeux, tes mains, ton front et tes lèvres muettes,Ô toi qui dors parmi les sombres violettes !

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