La Magdeleine aux parfums
Anciennetés
Le Bel au front de sacre éventé par la palmeHonore de sa faim l’orthodoxe Simon.L’olive et le raisin, son pressoir de dents calmeEn fait l’offrande fraîche à son divin limon.
Depuis la Crèche où zézayaient les ailes blanchesDes séraphins éclos parmi l’avènementEt depuis Nazareth où l’on sciait des planches,Nombreux fut le voyage, aussi l’événement.
Il est allé, versant la pacifique oboleEn les cœurs tourmentés de la frêle maison ;Il a passé, contant la claire paraboleOù se marient le grain, la plume, la toison.
Genoux et bras chargés de puériles joues,Maintes fois il parut un humain oranger.Les femmes de la plaine, analogues aux prouesVers le salut, appareillaient vers l’Étranger.
Céramique des puits, jarres de Samarie,Il vous enjolivait d’une phrase de ciel.Du haut de la colline il prêchait la prairie,Et ce n’était qu’épis, que bruit d’aile, que miel.
Par un geste efficace autant qu’une harangue,Il raviva la perle en le chaton des cils.Les muets à la main souple comme une langue,Il leur mit dans la gorge un nid plein de babils.
Il conquit, moyennant le chanvre aux mille mailles,Les joyaux savoureux qui vivent dans les eaux.Il fut le boulanger sans four et sans semailles.Il ralluma la lampe maigre des tombeaux.
Tel, il eût pu florir emmi la GaliléeOù les regards l’ornaient d’un hommage de paon,Mais il n’oubliait point qu’à sa vie exiléeFut prédit le trépas vilain du chenapan.
C’est pour cela qu’assis sur son trône qui marche,Une mule docile aux prunelles de jais,II traverse la foule en jeune patriarche,Émerveillant les gueux d’un espoir de palais.
Il porte aux funérailles sa splendeur de cygneAfin de consommer le serment éternel.Sur un farouche mont deux rameaux lui font signe,Que n’a pas caressés le rabot paternel.
A table chaque bras, tel un cou de cigogne,Alimente la bouche avec son bec de main,Les Disciples aux traits couleur de la besogneMangent, vieillis par la poussière du chemin.
Tandis que, pavoisé d’un air de fiançailles,Le Bel ouvre son âme, harmonieux grenier,A l’écart, sous l’auvent de ses torves broussailles,L’Iscariote attise un œil comme un denier.
Déjà se sont vidés les plats et les corbeillesQuand survient une femme au visage de fardEt dont la chevelure est un essaim d’abeilles.Simon l’Amphitryon sursaille, aigre et blafard.
— « N’est-ce pas le Scandale qui sort de son antreA l’heure oblique afin de marchander aux chairsVeuves d’abri le vestibule de son ventre ? »Sur son épaule un vase empli de parfums chers,
Lentement la publique va vers le MessieAvec tous les ramiers de l’angoisse en son sein.Les convives ont peur sous ses yeux de cassie,Car elle est belle ainsi que l’on est assassin.
Se fanant à genoux, elle épand la magieDe son urne d’albâtre sur les pieds du BelPendant que de l’ardente face d’élégieCrèvent éperdûment les réservoirs de sel.
La pécheresse enfin se tord entre la pieuvreÉnorme des remords qui la tenaille au sol.On dirait qu’un marteau fit tomber un chef-d’œuvre.Une âme se lamente en le gracile col.
Les parfums gravissant le sentier des narines,C’est, au cerveau de tous, un prompt enchantementQui sous la cloche taciturne des poitrinesFait se pâmer les cœurs délicieusement.
Dans les crânes, des anges tissent en mirageUn spontané vallon de fenouil et de thymAvec, à son mitan, un timide villageSymbolisant le repentir de la putain.
Étrange vision de candides miracles !Brebis enseignant à bêler aux loups gloutons ;Ventres de monstres, purs comme des tabernacles ;Torrents à pic, plus doux que des dos de moutons.
Pâle, un corbeau roucoule un vieil air des légendes ;Une colombe endeuille ses plumes de lys ;Les serpents ne sont plus que flexibles guirlandesD’oiseaux bleus aspirés par les faims de jadis.
Rompus, des tournesols, orphelins de ton charme,O Magdeleine, effarent l’herbe d’encensoirs.Là-bas, près d’un tronc mort, une tombe sans larmeRecèle, au lieu d’un corps, un rire et des miroirs.
Alors Celui tombé du pommier de MarieSur la paille parmi l’encens, la myrrhe et l’or,Se lève, étend les mains sur la chair de féerieEt dit ces mots pareils aux pièces d’un trésor :
— « Fille qui, suppliant le Fils à barbe d’astre,As choisi pour miroir l’ongle de mon orteil,J’admire l’hirondelle éclose en ton désastre,Et la honte me plaît qui t’a peinte en soleil.
C’est bien de tendre ses vertèbres à la corde,O toi qui me chaussas de suaves parfumsPour que le bleu pardon, fleur de miséricorde,Étoilât le fumier de tes péchés défunts.
Mon âme est maternelle ainsi qu’une patrieEt je préfère au lys un pleur de sacripant.Les regrets sont la clef bonne à ma bergerie,Je fais une brebis du loup qui se repent.
Venez, tous les vaincus aux griffes du reptile,Le faible sans sourire et le pauvre sans fleur,J’ouvre l’amène auberge de mon évangileAux vagabonds fourbus des routes de douleur.
C’est pour vous seuls, gens de misère ou de rapines,Que sous le fouet j’irai vers le mont des rachats,Ayant sur mon génie un royaume d’épinesEt le long de ma peine un manteau de crachats.
Les malins m’y cloueront au sycomore infâmeEt leur regard de fer me percera le flanc,Mais de ce large trou s’envolera mon âmeEt tout s’anoblira de son passage blanc.
Or je veux d’ici-bas, rosier des allégressesEn humiliation devant mon front d’azur,Je veux, avec les roses qui sont tes caresses,Composer ta couronne d’archange futur.
Car j’applaudis à la détresse nonpareilleQui fait jaillir deux océans de tes grands yeux,O Fille au nom joli comme un pendant d’oreilleEt dont le corps sera le diamant des cieux !
Ta beauté ne pouvait sombrer dans la tempête,O tragique symbole de la charité,Cueille donc une palme au palmier de ma fête :Être belle, vois-tu, c’est de l’éternité !
Souris ! Par le chemin léger de ton haleineUn ange s’est blotti sous ta peau de baiser.Retourne vers le peuple et dis-lui, Magdeleine,Qu’une larme a suffi pour te diviniser ! »
La chevelure en pleurs à la façon des saules,L’intruse se leva comme on sort de la mer.Un frisselis subtil à fleur de ses épaulesIndiquait que deux ailes germaient de sa chair.
Tous enfin, revenus du magique villageEt se frottant les yeux comme après le sommeil,Suivirent, à genoux dans le joli sillage,La femme au cœur plus grand qu’un lever de soleil.
Comments
Loading comments…