De la Colère (trad. Baillard)

Translated by Joseph Baillard

Bellone au fouet sanglant, aux lugubres flambeaux ;

De sa robe en triomphe étalant les lambeaux ;

Tombe sur moi le ciel pourvu que je me venge !Il est beau de mourir après ses ennemis. (Corneille. Rodog. V, sc. i.)Felix jacet, quicumque quos odit premit. (Senec. Hercul. Œteus.)Et qui tue en mourant doit mourir satisfait. (Rotrou.)

Mais qu’entend-il ? Le tambour qui résonne :Le sang remonte à son front qui grisonne ;Le vieux coursier a senti l’aiguillon.

Oui, je vois ces défauts, dont votre âme murmure,Comme vices unis à l’humaine nature ;Et mon esprit enfin n’est pas plus offenséDe voir un homme fourbe, injuste, intéressé,Que de voir des vautours affamés de carnage,Des singes malfaisants et des loups pleins de rage.

Je vois de quels efforts vos sens sont combattus,Mais les difficultés sont le champ des vertus ;Avec un peu de peine on achète la gloire :Qui veut vaincre est déjà bien près de la victoire :Se faisant violence on s’est bientôt dompté,Et rien n’est tant à nous que notre volonté.

Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles, etc.

Quiconque ne sait pas dévorer un affront,Ni de fausses couleurs se déguiser le front,Loin de l’aspect des rois qu’il s’écarte, qu’il fuie.

Tel repousse aujourd’hui la misère importune,Qui tombera demain dans la même infortune.Il est beau de prévoir ces retours dangereuxEt d’être bienfaisant alors qu’on est heureux.

Le vainqueur doit rougir en ce combat honteux ;Et les premiers vaincus sont les plus généreux.

Nubet excedit Olympus,Pacem summa tenent…. (Liv. II, vers 271.)

Je laisse à tes remords le soin de ma vengeance.

À ses propres auteurs la vengeance est fatale.Elle amène après elle une suite infernaleDe remords, de fureurs, dont les tristes effetsRendent les mieux vengés les plus mal satisfaits.

Inque suis amat hoc Cæsar, in hoste probat.

Aliena nobis, nostra plus aliis placent.

Un malade obstiné meurt si l’on ne l’abuse.Les remèdes qu’on craint plaisent après l’effet,Et quelquefois il faut cacher même un bienfait.

Mortel, ne garde pas une haine immortelle.

Jusques à quand, mortels farouches,Vivrons-nous de haine et d’aigreur ?…Implacable dans ma colère,Je m’applaudis de la misèreDe mon ennemi terrassé ;Il se relève, je succombe,Et moi-même à ses pieds je tombeFrappé du trait que j’ai lancé.

Je crois voir des forçats dans un cachot funeste,Se pouvant secourir, l’un sur l’autre acharnés,combattre avec les fers dont ils sont enchaînés.

Mon être à chaque souffle exhale un peu de soi ;Chaque parole emporte un lambeau de ma vie.

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