Le Corps du Héros

Coups de clairon — Paul Henry

LE CORPS DU HÉROS

Poésie lue par l’auteur, à Plougrescant, le 26 Juin 1902, lors des obsèques de Paul Henry, ramené en Bretagne aux frais de l’État.

Du Grand Large ou du Ménez-Bré,D’où que tu souffles, Vent de Gloire,Chante un Te Deum de VictoireEt non plus un Miserere !Et toi, fier Soleil, Astre-Roi,Voile modestement ta flammeCar il plane sur nous une ÂmePlus éblouissante que toi !Entr’ouvre-toi, Terre d’Armor,Puis referme ton drap de mousse,

Et fais-toi maternelle et doucePour recevoir le Héros mort ;Car voici qu’un rapide esquifAyant tous nos cœurs à la traîneT’a, dans les flancs de sa carène,Rapporté ton fils adoptif !Il s’était embarqué, joyeux,Pour des croisières triomphales,Cap sur les Mers orientalesEt les Pays mystérieux ;Il avait, d’un cœur valeureux,Quand sonna l’heure de combattre,Réclamé l’honneur de se battreAu poste le plus dangereux :Il avait maintenu, luttantUn contre mille et plus encore,Notre pavillon tricoloreSur les remparts du Peï-Tang !Puis, mourant du Rêve si beauQu’il caressa toute sa vie,Il tomba pour Dieu, la Patrie,Vengeant la Croix et le Drapeau !

Il revient par ce jour d’été,Kergresq, au rendez-vous suprême,Mort sans doute, mais vivant quand même,Debout dans l’Immortalité !Dans tes rudes bras de granitNe le serre pas trop, falaise,

Pour qu’il puisse s’étendre à l’aiseAu pied du vieux clocher bénit !Vents et Flots, de vos grandes VoixChantez-lui les belles Berceuses,Les Cantilènes enjôleusesQui l’ensorcelaient autrefois !Et toi, Glèbe au sein tout-puissantDans lequel il faut qu’il renaisse,Imprègne-toi de sa Jeunesse,De son cœur aspire le sangAfin — quand le jour aura luiDe nos futures Épopées —Qu’il germe une moisson d’ÉpéesDe ton sol fécondé par lui !

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