Mes Claironnées

Les Chants du bivouac

MES CLAIRONNÉES

N’attendez pas que je vous plaigneFiers soldats, rudes matelots ;Que, sur votre sort ma voix geigneAvec de sombres trémolos ;N’attendez pas, mes camarades,Que j’aille amollir votre ardeurPar de vaines jérémiadesQui ne me viendraient pas du cœurLe vin tiré, reste à le boire :Le nôtre est tiré, compagnons !Buvons-le vite à la victoireFinale de nos bataillons !

Nous n’avons pas cherché la guerre,Mais, vingt dieux ! puisqu’on nous la fait,Nous ne nous arrêterons guèreQue Guillaume à jamais défait.Quand l’Alsace criait : « À l’aide ! »Sous la botte de ce larron,Petit sergent de DéroulèdeJ’ai, vingt ans, sonné du clairon ;Et, jusqu’à ce que l’on m’égorge,Tant bien que mal — même râlant —Je veux sonner à pleine gorgeComme Déroulède et Roland ;Et ma chanson, alerte et pure,Rythmant votre sublime essorNe s’arrêtera — je le jure —Que vous triomphants… ou moi mort !

(Pont-Aven, 4 août.)

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