Ode sur les honneurs de l’Immortalité

Chant funèbre, en l’honneur des guerriers morts à la bataille de Marengo, précédé d’autres essais lyriques

SUR LES HONNEURSDEL’IMMORTALITÉ.

UAND des héros des Thermopyles,La Grèce éleva le cercueil,Par des honneurs vains et serviles,Elle ne souilla point leur deuil.Sur une modeste colonne,Des héros de Lacédémone,Elle grava le dévouement,Et leurs noms cachés à l’histoire,En se dérobant à la gloire,Agrandirent ce monument.Par cet exemple magnanime,Apprenons à servir l’état,Et par un abandon sublime,Obtenons un solide éclat.Que nous importent ces hommagesQue le vol inconstant des âgesDérobe en sa rapidité ?Des lois fondons l’idolâtrie,Et le salut de la patrieSera notre immortalité.

D’un éphémère apothéose,Redoutons l’éclat imposteur.Du Temple où Voltaire repose,Est-ce à nous d’avilir l’honneur ?Dans son enceinte violés,À peine de son mausoléeMarat eût chassé Mirabeau,Que l’auteur immortel d’Émile,Purifiant ce noble asile,Vint l’arracher de son tombeau.C’est au teins, juge incorruptible,À nous ouvrir l’auguste seuil,C’est lui dont la voix inflexible,Doit interroger le cercueil.Son tribunal juste et sévère,Des vains, caprices du vulgaire,Venge l’affront de Metellus,Et bravant un éclat frivole,De la roche du Capitole,Il précipite Manlius.C’est ce vieillard irréprochable,Appui de la chaste Pallas,Dont la justice infatigable.Atteignit le tyran d’Arras.C’est lui, qui vengeant le génie,Des projets de la tyrannieAffranchit l’empire des arts,Et des yeux d’un fourbe homicide,Arracha le masque perfide,Qui le voilait à nos regards.

Comme au tronc d’un chêne robusteEnlaçant ses bras tortueux,S’élève en rampant un arbuste,Qui l’enveloppe de ses nœuds ;Ce lâche et ténébreux reptile,Attachant son orgueil servileAu chêne de la liberté,Surmonta ses rameaux sublimes,Et du luxe affreux de ses crimesMenaça leur fécondité.Quel monstre avec plus d’artificeCacha ses obliques projets ?Ô nuit, de ses fureurs complice,Que tu révélas de forfaits !Fille puissante des ténèbres,La terreur à ses cris funèbresMêle les accens de l’airain ;Et dictant ses décrets sinistres,Elle déchaîne ses ministresContre le peuple souverain.Réveillons-nous : de sa furieArrêtons le coupable essor ;Entre un rebelle et la patriePouvons-nous balancer encor ?Parlez, favoris de Bellone,Aux champs de Fleurus et d’Argone,Pour lui lanciez-vous le trépas ?Et vous, enfans de Polymnie,Pour consacrer sa tyrannie,Chantiez-vous l’hymne des combats ?

Pour des crimes imaginaires,Ainsi la hache de Thémis,Frappa la vieillesse des pèresSur la jeunesse de leurs fils.Ainsi l’épouse infortunée,Avec le fruit de l’hymenée,Périt en pleurant son époux ;Et de sa dépouille opulenteGrossit la fortune sanglanteD’un tyran avide et jaloux.Accourez, ombres éplorées,Triomphez de ses attentats,Et de vos mains désespéréesSignez l’arrêt de son trépas ;Némésis pour punir ses crimes,Le traîne au char de ses victimes,Et vous rappelle des tombeaux ;Armez-vous de tous vos supplices,Et l’immolant sur ses complices,Repaissez-vous de ses lambeaux.C’en est fait, d’un monstre faroucheLe glaive a puni la fureur ;La liberté fut dans sa bouche,Le despotisme dans son cœur.Des lois ! Ô suprême puissance !Il voulut asservir la France,De ses complots quel est le fruit ?Ils viennent à peine de naître,L’aurore les voit disparaîtreAvec les ombres de la nuit.

Triomphe humanité chérieDans nos murs ramène la paix ;Et que l’autel de la patrieSoit raffermi par tes bienfaits !Nous, apprenons par cet exempleÀ ne point profaner le templeDe l’auguste Immortalité,Différons la reconnaissance,Et d’une utile méfianceEnvironnons la Liberté.

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