L’Aveugle

Émaux et Camées

L’AVEUGLE

Un aveugle au coin d’une borne,Hagard comme au jour un hibou,Sur son flageolet, d’un air morne,Tâtonne en se trompant de trou,Et joue un ancien vaudevilleQu’il fausse imperturbablement ;Son chien le conduit par la ville,Spectre diurne à l’œil dormant.Les jours sur lui passent sans luire ;Sombre, il entend le monde obscurEt la vie invisible bruireComme un torrent derrière un mur !Dieu sait quelles chimères noiresHantent cet opaque cerveau,Et quels illisibles grimoiresL’idée écrit en ce caveau !

Ainsi dans les puits de VeniseUn prisonnier à demi fou,Pendant sa nuit qui s’éternise,Grave des mots avec un clou.Mais peut-être aux heures funèbres,Quand la mort souffle le flambeau,L’âme habituée aux ténèbresY verra clair dans le tombeau !

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