Le Poète et la Foule
España
La plaine un jour disait à la montagne oisive :« Rien ne vient sur ton front des vents toujours battu ! »Au poète, courbé sur sa lyre pensive,La foule aussi disait : « Rêveur, à quoi sers-tu ? »
La montagne en courroux répondit à la plaine :« C’est moi qui fais germer les moissons sur ton sol,Du midi dévorant je tempère l’haleine,J’arrête dans les cieux les nuages au vol !
« Je pétris de mes doigts la neige en avalanches,Dans mon creuset je fonds les cristaux des glaciers,Et je verse, du bout de mes mamelles blanches,En longs filets d’argent, les fleuves nourriciers. »
Le poète, à son tour, répondit à la foule :« Laissez mon pâle front s’appuyer sur ma main.N’ai-je pas de mon flanc, d’où mon âme s’écoule,Fait jaillir une source où boit le genre humain ? »
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