« Je sais un nid charmant et tendre »
Je sais un nid charmant et tendreOù niche l’oiseau bleu du cœur,L’oiseau dont nul ne peut entendreSans tressaillir, l’accent vainqueur ;
Nid plein de grâces sans pareilles,Qui, sous un rayon de gaieté,Scintillent comme des abeillesDans l’or des aurores d’été.
Formé de fleurs fraîches écloses,Œuvre admirable de l’amour,Des perles, des feuilles de rosés,Dessinent son riant contour.
Écrin délicieux que doreLa jeunesse en traits éclatants ;D’où s’échappe, ailée et sonore,La vive chanson du printemps ;
D’où sort une divine haleine,Comme d’un calice vermeilQui livre aux souffles de la plaineSon sein tout baigné de soleil.
Nid séducteur où rit l’ivresse,Cachant ses secrètes ardeurs,Comme une coupe enchanteresseDont les bords sont voilés de fleurs.
Plus mignon qu’un nid d’oiseau-mouche,Plus frais qu’un cœur de rose-thé, —Ce nid ravissant…, c’est ta bouche,Doux paradis de volupté,
Où les désirs, ramiers fidèles,Volent toujours inapaisés,Et vont provoquer à coups d’ailesL’essaim palpitant des baisers !
–––––––––Signé : Théophile Gautier.
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