Le Spectre de la Rose
La Comédie de la Mort (1838)
Soulève ta paupière closeQu’effleure un songe virginal,Je suis le spectre d’une roseQue tu portais hier au bal.Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d’argent de l’arrosoir,Et parmi la fête étoiléeTu me promenas tout le soir.
Ô toi, qui de ma mort fus cause,Sans que tu puisses le chasser,Toutes les nuits mon spectre roseÀ ton chevet viendra danser :Mais ne crains rien, je ne réclameNi messe ni De Profundis ;Ce léger parfum est mon âme,Et j’arrive du paradis.
Mon destin fut digne d’envie ;Pour avoir un trépas si beau,Plus d’un aurait donné sa vie,Car j’ai ta gorge pour tombeau,Et sur l’albâtre où je reposeUn poëte, avec un baiser,Écrivit : Ci-gît une roseQue tous les rois vont jalouser.
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