Tristesse

La Comédie de la Mort (1838)

Avril est de retour.La première des roses,De ses lèvres mi-closes,Rit au premier beau jour ;

La terre bienheureuseS’ouvre et s’épanouit ;Tout aime, tout jouit.Hélas ! j’ai dans le cœur une tristesse affreuse.

Les buveurs en gaîté,Dans leurs chansons vermeilles,Célèbrent sous les treillesLe vin et la beauté ;La musique joyeuse,Avec leur rire clair,S’éparpille dans l’air.Hélas ! j’ai dans le cœur une tristesse affreuse.

En deshabillés blancs,Les jeunes demoisellesS’en vont sous les tonnelles,Au bras de leurs galants ;La lune langoureuseArgente leurs baisersLonguement appuyés.Hélas ! j’ai dans le cœur une tristesse affreuse.

Moi, je n’aime plus rien,Ni l’homme, ni la femme,Ni mon corps, ni mon âme,Pas même mon vieux chien.Allez dire qu’on creuse,Sous le pâle gazon,Une fosse sans nom.Hélas ! j’ai dans le cœur une tristesse affreuse.

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