Le Banc de pierre
Le Parnasse contemporain — 1866
LE BANC DE PIERREA E. HÉBERT
Au fond du parc, dans une ombre indécise,Il est un banc solitaire et moussuOù l’on croit voir la Rêverie assise,Triste et songeant à quelque amour déçu.Le Souvenir dans les arbres murmure,Se racontant les bonheurs expiés ;Et comme un pleur, de la grêle ramureUne feuille tombe à vos pieds.Ils venaient là, beau couple qui s’enlace,Aux yeux jaloux tous deux se dérobant,Et réveillaient, pour s’asseoir à sa place,Le clair de lune endormi sur le banc.Ce qu’ils disaient, la maîtresse l’oublie ;Mais l’amoureux, cœur blessé, s’en souvient,Et dans le bois, avec mélancolie,Au rendez-vous, tout seul, revient.
Pour l’œil qui sait voir les larmes des choses,Ce banc désert regrette le passé,Les longs baisers et le bouquet de roses,Comme un signal à son angle placé.Sur lui la branche à l’abandon retombe,La mousse est jaune et la fleur sans parfum,Sa pierre grise a l’aspect de la tombeQui recouvre l’Amour défunt…
Comments
Loading comments…