Colère

Poésies de Th. Gautier qui ne figureront pas dans ses œuvres — Singularités

COLÈRE

Amende-toi, vieille au regard hideux,Ou pour un mot villain en auras deux.

Epistre à la première vieille.

À Montfaucon tout sec puisse-tu pendre,Les yeux mangéz de corbeaux charongneux,Les pieds tiréz de ces mastins hargneuxQui vont grondant, hérissés de furie,Quand on approche auprès de leur voirie.

Pierre de Ronsard.

Hypocrisie et vice, — oui, c’est bien là le monde :Belles maximes et grands airsJetés comme un manteau sur le cloaque immondeD’un cœur tout gangrené de vers.Oui, — la religion dont le péché se couvrePour japper après la vertu,Oui, — le simple dont l’âme à tous les regards s’ouvre,Aux pieds du méchant abattu ;La vierge pure en proie aux noires calomniesDes courtisanes de bas lieu,Qui, vieilles et sans dents et les lèvres jaunies,Osent mentir si près de Dieu.

— Sorcières de Macbeth, dignes d’être huées,Serpents armés d’un triple dard,Ulcères ambulants, vieilles prostituées,Tombeaux badigeonnés de fard,Oh ! comme il leur va bien, elles dont trente placesElles dont trente carrefours,Avec des charretiers, crapuleux Lovelaces,Ont vu les publiques amours ;Elles dont la jeunesse en débauches passéeCouperose et jaspe le teint,Et qui sous une peau détendue et plisséeCouvent un brasier mal éteint,D’user tartufement leurs genoux sur les dalles,Leurs pouces sur un chapelet,En prenant pour voiler leurs antiques scandalesLa soutane d’un prestolet,De venir sans pudeur noircir une que j’aimeComme l’on n’a jamais aimé,D’un amour pur et saint, et qui de Dieu lui-mêmeCertes ne peut être blâmé.

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Après lecture des Iambes de Barbier, Gautier, s’apercevant que l’indignation l’avait mal inspiré, tourna le dos à cette muse.

Pièce extraite, comme la précédente, d’Albertus, p. 227 ; non réimprimée depuis 1833.

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