Imitation de Jésus-Christ — Livre 3 — Chapitre 41
Translated by Pierre Corneille
" Ne prends point de mélancoliede voir qu’à tes vertus on refuse leur prix,qu’un autre est dans l’estime, et toi dans le mépris,qu’on l’honore partout, durant qu’on t’humilie.Lève les yeux au ciel, lève-les jusqu’à moi,et tout ce que la terre ose juger de toine te donnera plus aucune inquiétude :tu ne sentiras plus de mouvements jaloux,et ce ravalement qui te sembloit si ruden’aura plus rien en soi qui ne te semble doux. "
Il est tout vrai, Seigneur ; mais cette chair fragilede ses aveuglements aime l’épaisse nuit,et de la vanité l’amorce est si subtile,qu’en un moment elle séduit.
À bien considérer la chose en sa nature,je ne mérite amour, ni pitié, ni support ;et quoi qu’on m’ait pu faire, aucune créaturene m’a jamais fait aucun tort.
Mes plaintes auroient donc une insolence extrême,si j’osois t’accuser de trop de dureté,et qu’ainsi j’imputasse à la justice mêmeune injuste sévérité.
Mon crime a dû forcer toutes les créaturesà me persécuter, à s’armer contre moi,et quiconque m’accable ou d’opprobre ou d’injures,n’en fait qu’un légitime emploi.
À moi la honte est due, à moi l’ignominie ;leur plus durable excès ne peut trop me punir :à toi seul la louange et la gloire infiniedans tous les siècles à venir.
Prépare-toi, mon âme, à souffrir sans tristesseles mépris des méchants et ceux des gens de bien,à me voir ravalé jusqu’à cette bassesse,que même on ne me compte à rien.
Enfin de ton orgueil éteins les moindres restes,ou n’espère autrement de paix en aucun lieu,ni de stabilité, ni de clartés célestes,ni d’union avec ton Dieu.
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