À une camarade

Que me veux-tu donc, femme trois fois fille ?…Moi qui te croyais un si bon enfant !— De l’amour ?… – Allons : cherche, apporte, pille !M’aimer aussi, toi !… moi qui t’aimais tant.Oh ! je t’aimais comme… un lézard qui pèleAime le rayon qui cuit son sommeil…L’Amour entre nous vient battre de l’aile :— Eh ! qu’il s’ôte de devant mon soleil !Mon amour, à moi, n’aime pas qu’on l’aime ;Mendiant, il a peur d’être écouté…C’est un lazzarone enfin, un bohème,Déjeunant de jeûne et de liberté.

— Curiosité, bibelot, bricole ?…C’est possible : il est rare — et c’est son bien —Mais un bibelot cassé se recolle ;Et lui, décollé, ne vaudra plus rien !…Va, n’enfonçons pas la porte entr’ouverteSur un paradis déjà trop rendu !Et gardons à la pomme, jadis verte,Sa peau, sous son fard de fruit défendu.Que nous sommes-nous donc fait l’un à l’autre ? …— Rien… — Peut-être alors que c’est pour cela ;— Quel a commencé ? — Pas moi, bon apôtre !Après, quel dira : c’est donc tout — voilà !— Tous les deux, sans doute… — Et toi, sois bien sûreQue c’est encor moi le plus attrapé :Car si, par erreur, ou par aventure,Tu ne me trompais… je serais trompé !Appelons cela : l’amitié calmée ;Puisque l’amour veut mettre son holà.N’y croyons pas trop, chère mal-aimée…— C’est toujours trop vrai ces mensonges-là ! —

Nous pourrons, au moins, ne pas nous maudire— Si ça t’est égal — le quart-d’heure après.Si nous en mourons — ce sera de rire…Moi qui l’aimais tant ton rire si frais !

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