Le Phare

Poésies

LE PHARE

Je suis muet et mort le jour sous la lumière,Les pieds rivés au sol, la tête en plein ciel bleu,Lointain fantôme blanc que l’on regarde peu,Et mon cœur est froid dans ma poitrine de pierre.Ils s’en vont sans me voir, les bateaux passagersQui filent tout là-bas au large de la côte ;Ma silhouette, au front de la falaise haute,Ne fait pas d’ombre sur leurs sillages légers.Mais quand la nuit descend, quand les sombres nuagesEnveloppent de deuil l’horizon triste et noir,Soudain, ressuscité par le souffle du soir,J’allume mon fanal écarteur de naufrages.Et la vie est en moi ; je veille ; je frémis ;L’ouragan fait craquer ma solide cuirasse :La mer est à mes pieds, qui gronde et qui menace ;Mais ma lumière crie : « Attention, amis ! »

Il me voit, il a bien donné le coup de barre ;Il rase la bouée où tremble mon reflet ;Il évite l’écueil, passe l’étroit goulet ;Il touche au quai du port, il a jeté l’amarre.Le cuirassé qu’étreint son armure de fer,Le fin voilier, mouette aux ailes éployées,Tous cherchent, dans l’horreur de leurs nuits effrayéesMes longs regards brillants qui rôdent sur la mer.C’est l’heure où je suis roi sur les côtes désertes.C’est pour moi que se plaint la musique des flots,Et seul je vois, parmi les ceintures d’îlots,Les goémons traîner leurs chevelures vertes.

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