Chasseur morose, las durant la nuit sereine
La Verdure dorée
Chasseur morose, las durant la nuit sereineDe tirer sur la lune avec du petit plomb,Ayant d’un réséda bouché mon vieux tromblon,Je me veux promener sous une calme ombrelle.
Que d’autres au cœur neuf s’en aillent vers l’azur,Que d’autres sur la mer tendent les larges voiles !Je contemple mes tulipes et mes pivoinesEt les lents escargots qui rêvent sur le mur.
Naguère, je tremblais sous les étoiles blanches ;Pour me mieux animer ma voix liait des mots,Et d’un bras confiant je sciais les ormeauxPour prendre les oiseaux qui chantaient dans les branches.
Adieu, vieux jours. J’irai m’asseoir sur la hauteur,Sifflant Guillaume Tell sous les jeunes troènes,Pour voir l’Aube aux bras blancs, parure des poèmes,Qui vide sur les prés son vaporisateur.
Et sans me lamenter sur ma lyre brisée,Seul, je regarderai dans le trèfle, en bourrantMa pipe, les piverts qui boivent au torrentEt les cailles qui vont pieds nus dans la rosée.
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