Les bouleaux du matin sous quoi tu te recueilles

La Verdure dorée

Les bouleaux du matin sous quoi tu te recueillesBalancent leur fraîcheur et leur blanc flot de feuillesDéferle en bruissant aux rives de l’été.De jaunes moucherons nagent dans la clarté.Un rayon de soleil pique ta jambe nue.Une fouine d’un saut traverse l’avenue.Une guêpe a touché ces genévriers verts.Aux Marcou du futur laisserai-je trois vers ?Un jour les écoliers penchés sur leurs pupitresEn écoulant vibrer les mouches sur les vitresTrouveront-ils au fond des collèges moisisUne page de moi dans leurs Morceaux choisisEt verront-ils trembler à l’entour de la chaireCe feuillage d’argent sur la verte fougèreEt ce bleu liseron qui s’enroule à ta main ?Pourquoi rêver ainsi qu’au soleil de demainTa gloire s’ouvrira comme une douce ombrelleEt que ta voix pareille à cette tourterelleRoucoulera longtemps ta peine et ton amour ?Journaux, parlerez-vous de mes livres et pourDerème écrirez-vous une nécrologieQuand l’aile du destin soufflera sa bougie ?

Qu’importe ? N’ai-je pas cette aube que je bois,Ce matin bourdonnant, ces feuilles et ce boisEt toi qui dans tes bras endors toute amertume ?Qu’un autre pour l’honneur d’une palme posthumeFerme ses contrevents sur les jardins fleurisEt meure dans son encre et dans ses manuscrits !Mais moi qui sais jouer des cithares diversesEt goûter le soleil, la lune et les averses,Les roses de cristal sur les prés endormis,Je chante pour moi-même et pour quelques amis,Et j’écoute siffler l’air tiède dans ses flûtesEn levant vers l’azur ma pipe et ses volutesEt sans me soucier sous ces arbres touffusQue dans quatre mille ans on sache que je fus.

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