Mes trompettes adolescentes

La Verdure dorée

Mes trompettes adolescentesOnt déchiré l’ombre des sentes.

J’ai rêvé d’empoigner le crinDe Pégase, Jean Pellerin,

Et d’éblouir les demoisellesSur le cheval aux blanches ailes.

Au bruit des vers que je chantaisJe pensais vaincre les cités ;

Qu’on jetterait sur mes bottinesDes lauriers et des églantines ;

Que les vierges en me nommantSeraient prises d’un tremblement

Et qu’à Passy, charmante ivresse,Les chauffeurs sauraient mon adresse.

Mais à ce rêve où je me plus.Aujourd’hui je ne songe plus.

Mon livre vint et les librairesEn vendirent trois exemplaires.

Livres vendus ! Ah ! parlons d’euxSur les quais j’en ai revu deux ;

Le troisième, sa couvertureCouvre des pots de confiture,

Et l’épicier que je connaisDe ses pages fait des cornets.

Oh ! la plus noire des boutiques !Le sucre y poisse mes distiques,

Et mon sourire et mes sanglotsEnveloppent des berlingots

Et parfois, dans une élégie,Le garçon roule une bougie.

Jean Pellerin, Jean Pellerin,Pour la gloire j’ai pris le train,

Mais chanteur ivre de lumièreJe suis tombé par la portière.

Et me voilà sur le talus,Là-bas, le train ne paraît plus,

Et je goûte, suave étude,Les roses de la solitude.

Comments

Loading comments…