Puisque dans cette chambre où l’amour triompha

La Verdure dorée

Puisque dans cette chambre où l’amour triomphaDes guirlandes de fleurs meurent sur le sofaEt que ton pauvre cœur jaunit avec les roses,Épargne à ta douleur les visions morosesDe tout ce qui se fane et passe comme toi ;Et ta pipe azurant jusqu’aux poutres du toitEnferme ces bouquets au coffre que tu plombes.

Le ciel est gris comme les ailes des palombes ;Et l’air plus frais que les cheveux que tu mordaisBalance doucement les plats à barbe desCoiffeurs et les lilas qui pendent aux murailles.

Ton misérable cœur chante les funéraillesEt tu pleures les yeux qui ne te verront plus.Et pourtant tu dansais sous les saules feuillus,Les oiseaux gazouillaient dans le parfum des branchesEt toi tu poursuivais dans le hallier de blanchesFilles et tu marquais leur bouche à belles dents

Mais maintenant craintif tu cherches, les pieds dansLa rigole, le vol des cigognes lointaines.Le bonheur a coulé comme l’eau des fontaines

Et tu n’as plus que des fleurs sèches dans les doigts,Toi qui voulais, quand les bourgeons perçaient le bois,Entasser des moissons de roses dans ta grange.Le passé comme un vieux décor déjà s’effrange.Mets ton lorgnon ; ferme tes ailes de moineau ;Et pleure en écoutant ce triste pianoQui réveille ton cœur plein d’ariettes grêles.

Les beaux jours ont passé comme des tourterelles.

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