Le Poëme de la pipe et de l’escargot
Que mes poèmes soient étrangeset qu’on les raille et leur auteur,cela m’est peu, car les louangesne sont pas chères à mon cœur,
hors celles de quelques poètesau cœur fervent, au regard puret qui nagent, blanches mouettes,dans les ténèbres et l’azur.
Ma vie en silence s’écoule,c’est pour peu d’hommes que j’écris,car si je chantais pour la fouleje pousserais bien d’autres cris.
Des deux poings défiant les astresje clamerais à grands fracaset ferais crouler les pilastreset les balustres sur mes pas ;
ou, plaignant ma longue misèreen des tumultes mesurés,d’une voix qu’on dirait sincère,Apollon, je t’invoquerais.
Je pourrais dater une stance,doux exotisme, de Turin,de Heidelberg ou de Constance,sans avoir jamais pris le train.
Et je plairais aux demoiselles,ayant mis à mon violon,non des cordes, mais des ficellespour des romances de salon.
Et peut-être dans mon vieil âgepourrais-je voir sur mon perronun laurier bercer son feuillage…Mais à quoi bon ? mais à quoi bon ?
La gloire éclot, jaunit, se fripeet se fane de l’aube au soiret j’aime mieux fumer ma pipeque renifler son encensoir.
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