Le Grand Œuvre, entretiens sous un châtaignier — 03
Je te dirai le grand mystère.Nous qui vivons à peine un jour,Que sommes-nous ? Une poussièreQue Dieu mêla d’un peu d’amour.
C’est peu de chose, une étincelle.Mais cette étincelle est la sœur
Des soleils que l’ombre éternelleVoit courir dans sa profondeur.
Hélas! hélas! flamme infidèle!Dans le cœur vient-elle à pâlir,Le cœur n’est plus, mourant comme elle,Que le tombeau d’un souvenir.
Je veux aimer. Le flot, la grève,Le vent, le silence des cieux,La fleur, l’étoile qui se lève,Tout me promet un songe heureux.
O vanité de l’espérance!Aimer, c’est rêver et souffrir;Car si douce est cette souffrance,Que le cœur rêve d’en mourir.
Je te dirai le grand mystère :L’amour n’est rien, l’amour est tout.Le monde, sans cette chimère,Est un conte à dormir debout.
En vain mon cœur m’a dit : Espère!Voici venir la fin du jour.Et j’aurai passé sur la terre,N’ayant rien aimé que l’amour.
De la mort l’amour est le frère.— Pour moi cueillez de blancs œillets. —La mort est le mot du mystère.De l’amour elle a les secrets.
Aimer, c’est mourir à soi-même.— Cueillez la bruyère et le thym. —De la mort j’ai vu le front blêmeCouronné d’un myrte divin.
J’ai vu la mort, cette immortelle.— Pour moi cueillez un lis fleuri. —L’amour se cachait derrière elle,Et les ténèbres m’ont souri.
— Cueillez la rose et la verveine. —La mort est l’éternel baiser.Et je veux dans sa froide haleineRespirer le dieu tout entier.
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