La Jeunesse de Madame de Longueville — 02
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.
Cette unique beauté dont vous êtes ornéeN’aura jamais pouvoir sur une ame bien née.Votre empire est trop rude et ne saurait durer ;Ou, s’il s’en trouve encor qui puissent l’endurer,Avec tant de mépris et tant d’ingratitude,Ce sont des cœurs mal faits nés à la servitude,Ou de mauvais esprits qui des cieux en courrouxOnt eu pour châtiment d’être amoureux de vous.De louange et d’honneur vainement affamée,Vous ne pouvez aimer et voulez être aimée, etc.
Je m’estimois le premier des humainsD’avoir remis ma franchise en mes mains,Quand la frayeur de retomber aux vôtresMe fit résoudre à me jeter en d’autres,Et me ranger sous l’empire plus douxD’une qui sçut me garder contre vous.…Quittant pour moy sa fierté naturelle,La belle Iris ne me fut point cruelle ;Elle approuva mes désirs et mes feux,Elle reçut mon amour et mes voeux,Et me fit voir toutes les apparencesDont les amans forment leurs espérances.J’avoue aussi qu’un si doux traitementFit naître en moy quelque ressentiment,Non pas d’amour, car mon ame parjureNe put jamais vous faire cette injure,Mais d’amitié si sensible qu’un jourJe pensois bien la changer en amour.Je m’efforçois de découvrir en elleLes mêmes traits qui vous rendent si belle,Cette douceur et ces divins appasDont vous donnez la vie et le trépas,De vos beautés la grace incomparable,De votre esprit la grandeur admirable,Cet entretien si charmant et si doux ;Mais tout cela ne se trouve qu’en vous.Je voyois bien qu’elle étoit animéeD’une beauté capable d’être aimée ;Je remarquois en elle cent attraits,Mais nullement ces flammes et ces traits,Ces traits mortels et ces divines flammesDont vos beaux yeux frappent toutes les ames.Combien de fois, admirant vos beautés,Ou votre grace, ou les vives clartésDe votre esprit, ai-je dit en moi-mêmeAh ! que Philis est digne que l’on l’aime ! etc.
Lorsque avecque deux mots que vous daignâtes dire,Vous sçûtes arrêter mes peines pour jamais,Et qu’après m’avoir fait endurer le martyre,Vous m’ouvrîtes les cieux et me mîtes en paix,Mille attraits dont encor le souvenir me toucheCouvrirent à mes yeux votre extrême rigueur,Tous les charmes d’amour furent sur votre bouche,Et tous ses traits aussi passèrent dans mon cœur.Vous prîtes tout à coup une beauté nouvelle,Toute pleine d’éclat, de rayons et de feux.Bons dieux ! ah ! que ce soir mes yeux vous virent belle,Et que vos yeux ce soir me virent amoureux !
Soyez, seigneur, bien revenuDe tous vos combats d’Allemagne,Et du mal qui vous a tenuSur la fin de cette campagne,Et qui fit penser à l’EspagneQu’enfin le ciel pour son secoursÉtait près de borner vos joursEt cette valeur accomplieDont elle redoute le cours.Mais, dites-nous, je vous supplie,La Mort, qui, dans les champs de Mars,Parmi les cris et les alarmes,Les feux, les glaives et les dards,Le bruit et la fureur des armes,Vous parut avoir quelques charmes,Et vous sembla belle autrefoisÀ cheval et sous le harnois,N’a-t-elle pas une autre mine,Lorsqu’à pas lents, elle chemineVers un malade qui languit,Et semble-t-elle pas bien laide,Quand elle vient, tremblante et froide,Prendre un homme dedans son lit ? etc.
Soyons amis, Cinna, c’est moi qui t’en convie ?
Ni tout ce qu’on a dit de l’heureuse contréeOù messire Honoré fit adorer Astrée,Ni tout ce qu’on a peint des superbes beautésDe ces grands palais enchantésOù l’amoureuse Armide et l’amoureuse AlcineEmprisonnèrent leurs blondins,Ni les inventions de ces plaisants jardinsQue, malgré Falerine,Détruisit le plus fier de tous les paladins ;Tout cela, quoy qu’en veuillent direLes gens qui nous en ont conté,Est moins beau que le lieu dont je vous ay daté,Et d’où je prétens vous écrireEn stile de roman la pure vérité.
Aux deux côtés alloient deux demi-dieux,L’un d’un air doux et l’autre audacieux ;L’un, comme un vray foudre de guerre,Par Mars n’étoit pas égalé ;L’autre avecque raison pouvoit être appeléLes délices de la terre.
Mandez-lui ce que nous faisons,Mandez-lui ce que nous disons.J’obéis comme on me commande,Et voici que je vous le mande.
Quand l’Aurore, sortant des portes d’Orient,Fait voir aux Indiens son visage riant,Que des petits oiseaux les troupes éveilléesRenouvellent leur chant sous les vertes feuillées,Que partout le travail commence avec effort,À Chantilly l’on dort.
Aussi, lorsque la nuit étend ses sombres voiles,Que la lune brillante au milieu des étoilesD’une heure pour le moins a passé la minuit,Que le calme a chassé le bruit,Que dans tout l’univers tout le monde sommeille,À Chantilly l’on veille.
Entre ces deux extrémitésQue nous passons bien notre vie,
Et que la maison de SilvieA d’aimables diversités !…Icy nous avons la musiqueDe luths, de violons et de voix ;Nous goûtons les plaisirs des bois,Et des chiens et du cor et du veneur qui pique.Tantost à cheval nous volons,Et brusquement nous enfilonsLa bague au bout de la carrière ;Nous combattons à la barrière ;Nous faisons de jolis tournois, etc.…Conterai-je dans cet écritLes plaisirs innocents que goûte notre esprit ?Dirai-je qu’Ablancourt, Calprenède et Corneille,C’est-à-dire vulgairementLes vers, l’histoire, le romant,Nous divertissent à merveille,Et que nos entretiens n’ont rien que de charmant ? »
De perles, d’astres et de fleurs,Bourbon, le ciel fit tes couleurs,Et mit dedans tout ce mélangeL’esprit d’un ange !
L’on jugerait par la blancheurDe Bourbon, et par sa fraîcheur,Qu’elle a pris naissance des lys, etc.
Notre Aurore vermeilleSommeille ;Qu’on se taise à l’entour,Et qu’on ne la réveilleQue pour donner le jour !
Merveilleuse beauté, race de tant de rois,Princesse, dont l’esclat fait honte aux immortelles,Nous ne pensions estre que trois,Et nous trouvons en vous mille graces nouvelles.
Jeune beauté, merveille incomparable,Gloire de la cour,Dont le beau teint et la grace adorableDonnent tant d’amour,Ah ! quel espoir de captiver, ton ame,Puisque la flamineDes plus grands dieuxNe peut pas mériter un seul trait de ses yeux ! etc.
Beau teint de lys sur qui la rose esclate,Attraits doux et perçansQui nous charment les sens,Beaux cheveux blonds, belle bouche incarnate,Rare beauté, peut-on n’admirer pasVos aimables appas ?
Sein, qui rendez tant de raisons malades,Monts de neige et de feux,Où volent tant de voeux,Sur qui l’Amour dresse ses embuscades ;Rare beauté, etc…
Grave douceur, taille riche et légère,Ris qui nous fait mourirDe joie et de désir,D’où nait l’espoir que ta vertu modère ;Rare beauté, etc…
Il nous reste à prier une sainte vivante,Une sainte charmante, etc.…Sitôt qu’elle nacquit, ses beaux yeux sans pareilsParurent deux soleils ;Son teint fut fait de lys, et sur ses lèvres closesOn vit naître des roses.Puis elle les ouvrit et fit voir en riantDes perles d’Orient.
Elle faisait mourir par un regard aimable,Autant que redoutable ;Puis d’un autre soudain que la sainte jetait,Elle ressuscitait.
Quatre nymphes, plus vagabondesQue celles des bois et des ondes,A deux qui d’un cœur attristéMaudissent leur captivité.
Nous qui prétendions en tous lieuxEstre incessamment admirées,Et que ; par un trait de nos yeux,Nous serions partout adorées……Tout notre empire, a disparu ;Tout nous fuit ou nous fait la mine ;A peine estions-nous à Méru,Qu’il fallut fuir à La Versine.…Là, cette peste des beautés,Là, cette mort des plus doux charmes,Pour rabattre nos vanités,Nous donna de rudes alarmes.
Au bruit de ce mal dangereux,Chacun fuit et trousse bagage ;Car adieu tous les amoureux,Si nos beautés faisoyent naufrage !
Pour sauver les traits de l’amourEn lieu digne de son empire,Nous arrivons à Liancourt,Où règne Flore avec Zéphire,
Où cent promenoirs étendus,Cent fontaines et cent cascades,Cent prez, cent canaux épandus,Sont les doux plaisirs des nayades.
Nous pensions dans un si beau lieuFaire une assez longue demeure,Mais voicy venir Richelieu,Il en faut partir tout à l’heure.
Voilà celles que les mourantsNommoyent les astres de la France ;Mais ce sont des astres errants,Et qui n’ont guère de puissance.
Buffle à manches de velours noirPorte le grand comte de Maure.Sur ce guerrier, qu’il fait beau voirBuffle à manches de velours noir !Condé, rentre dans ton devoir,Si tu ne veux qu’il le dévore.Buffle à manches de velours noirPorte le grand comte de Maure.
C’est un tigre affamé de sangQue ce brave comte de Maure.Quand il combat au premier rang,C’est un tigre affamé de sang.Mais il n’y combat pas souvent ;C’est pourquoi Condé vit encore.C’est un tigre affamé de sangQue ce brave comte de Maure.
Je bois à toi, mon cher Marsin.Je crois que Mars est ton cousin,Et Bellone est ta mère.
Je ne dis rien du père,Car il est incertain.Tin, tin, trelin, tin, tin, tin, tin.
Donnez-en à garder à d’autres,Dites cent fois vos patenôtres,Et marmottez en ce saint jour.Nous vous estimons trop habiles ;Pour cuir des propos d’amour,Vous quitteriez, bientôt vigiles.
Depuis votre départ nous goûtons cent délicesDans nos doux exercices ;Même pour exprimer nos passe-temps divers,Nous composons des vers.
Dans un lieu, le plus beau qui soit en tout le monde,Où tout plaisir abonde,
Où la nature et l’art, étalant leurs beautés,Font nos félicités,
Une troupe sans pair de jeunes demoiselles,Vertueuses et belles,A pour son entretien cent jeunes damoiseauxSages, adroits et beaux.
Chacun fait à l’envy briller sa gentillesse,Sa grace et son adresse,Et force son esprit pour plaire à la beautéDont il est arrêté.
On leur dit sa langueur dedans les promenades,A l’entour des cascades,Et l’on s’estime heureux du seul contentementDe dire son tourment.
Douze des plus galans, dont les voix sont hardies,Disent des comédiesSur un riche théâtre, en habits somptueux,D’un ton majestueux.
On donne tous les soirs de belles sérénades,On fait des mascarades ;Mais surtout a paru parmi nos passe-tempsLe Ballet du Printemps.…
Les dames bien souvent, aux plus belles journées,Montent des haquenées.On volle la perdrix, ou l’on chasse le louEn allant à Marlou.
Les amants cependant leur disent à l’oreilleO divine merveille !Laissez les animaux, puisque vos yeux vainqueursPrennent assez de coeurs.…
Voilà nos passe-temps, voilà nos exercices,Nos jeux et nos délices.Pensiez-vous que d’icy vous eussiez emportéNostre félicité ?
Baronne, pleine de douceur,Êtes-vous mère, êtes-vous sœurDe ces deux belles si gentillesQu’on dit vos filles ?…Sur son visage (de Fors de Vigean, la sœur aînée) et sur ses pasNaissent des fleurs et des appasQu’ailleurs on ne voit point éclore, etc.
Vigean (la plus jeune) est un soleil naissant,Un bouton s’épanouissant, etc.
Sans sçavoir ce que c’est qu’amour,Ses beaux yeux le mettent au jour,Et partout elle le fait naîtreSans le connaître.
Notre Aurore de La BarreEst maintenant un soleil.…Cette beauté souveraineA rallumé mes vieux ans, etc.
Mais de ce sentiment la flatteuse impostureN’empêcha pas le mal pour cacher la blessure,,Et ce soin d’admirer, qui dure plus d’un jour,S’il n’est amour déjà, devient bientôt amour.Un je ne sais quel trouble où je me vis réduireDe cette vérité sut assez tôt m’instruire :Par d’inquiets transports me sentant émouvoir,J’en connus le sujet quand j’osai vous revoir.…Un désordre confus m’expliqua mon martyreJe voulus vous parler, mais je ne sus que dire.Je rougis, je pâlis, et d’un tacite aveuSi je n’aime point, dis-je, hélas ! qu’il s’en faut peu ! etc.
Le plus léger chagrin d’une humeur inégale,Le moindre égarement d’un mauvais intervalle,Un souris par mégarde à ses yeux dérobé,Un coup d’œil par hasard sur un autre tombé.…Tout cela fait pour lui de grands crimes d’état,Et plus l’amour est fort, plus il est délicat.
Je connois mes défauts, mais après tout je penseÊtre pour vous encore un captif d’importance ;Car vous aimez la gloire, et vous savez qu’un roiNe vous en peut jamais assurer tant que moi, etc.
Négligez-moi pour eux, mais dites en vous-même :Moins il me veut aimer, plus il fait voir qu’il m’aime,Et m’aime d’autant plus que son cœur enflamméN’ose même aspirer au bonheur d’être aimé.Je fais tous ses plaisirs, j’ai toutes ses pensées,Sans que le moindre espoir les ait intéressées.Puissé-je malgré vous y penser un peu moins,M’échapper quelques jours vers quelques autres soins,Trouver quelques plaisirs ailleurs qu’en votre idée,Et voir toute mon ame un peu moins obsédée !Et vous, de qui je n’ose attendre jamais rien,Ne ressentir jamais un mal pareil au mien !
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