La Jeunesse de Madame de Longueville — 04
« Elle avoit pris le bain tout freschement,Ses bras du lict sortaient négligemment,Et jettant l’œil sur ce vivant albastreJe t’advouray que j’en fus idolâtre.Là, les zéphirs enjouez volettoientSur ses cheveux, qui par ondes flottoient,Et sur sa gorge, et sur son teint de rosesDe qui l’éclat surpassoit toutes choses,Et faisoit honte aux plus vives couleursQui brilloient lors sur les nouvelles fleurs.De ses beaux doigts, tels que ceux de l’Aurore,Frottant ses yeux qui s’éveilloient encore,Elle laissoit tout à coup éclairerCes deux soleils qu’il fallut adorerLes yeux baissez, car ma foible paupièreN’en put jamais soutenir la lumière.Là s’assembloit, comme en un vif tableau,Ce que le monde eut jamais de plus beau ;Mais le corail de sa bouche vermeilleRemplit surtout mon ame de merveille,Lorsqu’aux appas muets que j’admirois,Elle ajousta le charme de sa voix, etc. »
Job de mille tourments atteintVous rendra sa douleur connue,Et raisonnablement il craintQue vous n’en soyez point émue.
Vous verrez sa misère nue ;Il s’est lui-même icy dépeint :Accoutumez-vous à la vueD’un homme qui souffre et se plaint.
Bien qu’il eût d’extrêmes souffrance,On voit aller des patiencesPlus loin que la sienne n’alla.
Il souffrit des maux incroyables ;Il s’en plaignit, il en parla :J’en connois de plus misérables.
L’un nous fait voir plus d’art et l’autre plus de vif ;L’un est le mieux peigné, l’autre le plus naïf ;L’un sent un long effort et l’autre un prompt caprice ;Enfin l’un est mieux fait et l’autre est plus joli.Et, pour te dire tout en somme,L’un part d’un auteur plus poli,Et l’autre d’un plus galant homme.
Il faut finir mes jours en l’amour d’Uranie :L’absence ni le temps ne m’en sçauroient guérir,Et je ne vois plus rien qui me pût secourir,Ni qui sçût rappeler ma liberté bannie.
Dès long-temps je connois sa rigueur infinie ;Mais, pensant aux beautés pour qui je dois périr,Je bénis mon martire, et, content de mourir,Je n’ose murmurer contre sa tyrannie.
Quelquefois ma raison, par de faibles discours,M’incite à la révolte, et me promet secours ;Mais, lorsqu’à mon besoin je me veux servir d’elle,
Après beaucoup de peine et d’efforts impuissants,Elle dit qu’Uranie est seule aimable et belle,Et m’y rengage plus que ne font tous mes sens.
Monsieur Esprit, de l’Oratoire,Vous agissez en homme saintDe couronner avecque gloireJob de mille tourments atteint, etc..
« Vous m’avez donc mis le dernier !Un autre a sur moi la victoire.Moi qui me faisais tant accroire :C’est assez pour m’humilier.
« Ce malheur me va décrierPar tout le temple de mémoire,Et déchu d’une haute gloire,Je m’en retourne à mon fumier. »
« A vous dire la vérité,Le destin de Job est étrange.D’être toujours persécuté,Tantôt par un démon et tantôt par un ange. »
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