L’Âme du poëte

I

Beau lac, j’ai vu, de ce bois sombre,Tes flots s’embraser au soleil ;Ils brillaient de couleurs sans nombre,De bleu, d’orangé, de vermeil.

Mais cet azur, ces roses vives,Cet or qui serpente là-bas,Ces rayons qui baignent tes rives,O lac, ne t’appartiennent pas !

Ce n’est pas de tes flots qu’émaneTa clarté si douce à mes yeux ;

L’azur de ton sein diaphane,Beau lac, n’est qu’un reflet des cieux.

Sur ton lit de roc et de sable,Tu n’as reçu, pour don natal,Que ta transparence immuableEt tes profondeurs de cristal.

Les couleurs dont ton eau rayonne,Le soleil en toi répété,Cet éclat qu’un beau jour te donne,Tu les dois à ta pureté,

À tes ondes immaculéesComme les neiges des sommets :Dans la source et l’âme troubléesLes cieux ne se peignent jamais.

II

Toi donc, si tu veux, ô poëte,Vivant miroir de l’univers,Qu’animant ton œuvre imparfaite,Le vrai soleil brille en tes vers ;

Si tu veux qu’à travers ses voiles,Un meilleur monde, en souriant,

Reflète en ton sein les étoilesEt les roses de l’Orient ;

Que l’homme à ta voix se console,Et, comme au bord de ce lac bleu,Qu’il se penche sur ta parolePour voir passer l’esprit de Dieu ;

Qu’enfin l’adorable natureRespire et vive en tes tableaux…— Garde ton âme toujours pureEt profonde comme ces eaux.

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