L’Hiver — 01

Vers la forêt, là-bas, à mi-coteau,Quand le brouillard s’entr’ouvre et s’illumine,Je vois, plié dans son neigeux manteau,Un lent vieillard qui vers nous s’achemine.

Les noirs rameaux que brise un vent du nordAutour de lui pleuvent comme des flèches ;D’un pied pesant foulant les feuilles sèches,Il vient, courbé sous son faix de bois mort.

Chênes si verts, aubépine si blanche,Si pleins de fleurs et d’oiseaux familiers !…Par la forêt, le verger, les halliers,Il a glané son fagot branche à branche.

Il en a pris au tronc où fut gravéUn chiffre encor souriant sur le hêtre,Où, dans le nid, fut pour elle enlevéLe gai pinson qui chante à sa fenêtre ;

La branche aussi d’où l’amant fit pleuvoirSur un cou blanc les vermeilles cerises,Et celle encor du saule à feuilles grisesQu’il écarta sur son bain pour l’y voir ;

Et les rameaux du bois plus solitaireOù tant de mousse invite à reposer,

Sous le rocher qui garde avec mystèreL’écho furtif de leur premier baiser !

À pas rêveurs le vieillard nous apporteSon lourd faisceau dont il aime le poids ;Du chaume antique il a franchi la porte,Sur les chenets il a rangé le bois.

Là, chaque brin du fagot qu’il ménageFlambe à son tour et fait durer le feu…Débris ardent des trésors d’un autre âge,Vous pouvez seuls le rajeunir un peu.

Assis dans l’âtre en sa robe de laine.Il tend ses doigts vers les rouges tisons ;Sur le chenet tiédit sa tasse pleineD’un vin gardé des fertiles saisons.

Du doux brasier son cœur ressent le charme ;La séve encor monte à ses yeux taris ;De ses cils blancs éclairés d’un sourisJusqu’à sa main roule une grosse larme.

Brûlez, rameaux des buissons printaniers,Débris de fleurs amassés en relique ;À votre feu pâle et mélancoliqueDe ses soupirs réchauffez les derniers.

Chers souvenirs de la forêt secrète.Bois sec et noir, jadis bouquet vermeil,Au vieil Hiver, donnez, dans sa retraite,Quelques tisons à défaut de soleil !

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