Le Fruit de la Douleur (RDDM)
L’ombre, la fraîcheur, le silence,S’éternisent sous ces rameaux.
Le chêne, aux jours d’ardeurs brûlantes,— Pour que tout vienne en sa saison, —Garde, à ses pieds, les jeunes plantesD’une précoce floraison.
Aimez cet arbre aux fortes branches;Voyez, sous son feuillage épais,Comme l’œil bleu de ces pervenchesDans l’ombre vous sourit en paix!
Sur le chêne essayant sa force,L’enfant, jusqu’au nid du bouvreuil,En s’aidant des nœuds de l’écorce,Sait grimper comme l’écureuil.
Jouez sous le chêne robuste,Et vous grandirez comme lui;Et vous-même, d’un jeune arbusteQuelque jour vous serez l’appui.
Ces chants que l’arbre fait entendre.Cette ombre aux viriles douceurs,Vous pourrez un jour les répandreSur votre mère et sur vos sœurs.
Imitez les grands bras du chêneLuttant contre le vent du nord;Endurcissez-vous à la peine :Par elle vous deviendrez fort.
Loin de vous une enfance molle!Du laboureur, du bûcheron.Suivez, enfant, la rude école;L’homme fort peut seul être bon.
Pour faire ainsi vos jours utilesEt doux à ceux que vous aimez,Profitez des leçons fertilesDont les champs sont partout semés.
Partout la nature sereineOffre l’aide avec le conseil :Cueillez, enfant, la bonne graine.Dieu vous donnera le soleil.
III. — A UN POÈTE.
Beau lac, j’ai vu, de ce bois sombre,Tes flots s’embraser au soleil;
Ils brillaient de couleurs sans nombre,De bleu, d’orangé, de vermeil.
Mais cet azur, ces roses vives,Cet or qui serpente là-bas,Ces rayons qui baignent tes rives,O lac, ne t’appartiennent pas!
Ce n’est pas de tes flots qu’émaneTa clarté si douce à mes yeux;L’azur de ton sein diaphane,Beau lac, n’est qu’un reflet des cieux.
Sur ton lit de roc et de sable,Tu n’as reçu pour don natalQue ta transparence immuableEt tes profondeurs de cristal.
Les couleurs dont ton eau rayonne,Le soleil en toi répété,Cet éclat qu’un beau jour te donne,Tu les dois à ta pureté,
A tes ondes immaculéesComme les neiges des sommets :Dans la source et l’ame troubléesLes cieux ne se peignent jamais.
Toi donc, si tu veux, ô poète,Vivant miroir de l’univers,Qu’animant ton œuvre imparfaite,Le vrai soleil brille en tes vers;
Si tu veux qu’à travers ses voiles,Un meilleur monde, en souriant,Reflète en ton sein les étoilesEt les roses de l’Orient;
Que l’homme à ta voix se console.Et, comme au bord de ce lac bleu.Qu’il se penche sur ta parolePour voir passer l’esprit de Dieu,
Qu’enfin l’adorable natureRespire et vive en tes tableaux,— Garde ton ame toujours pureEt profonde comme ces eaux.
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