En Provence
Le Livre d’un père
Sur les collines de Provence,Décembre est un mois de printemps.Voici le soir, l’heure s’avance,Et les cieux restent éclatants.
De chaque plante que je foule,De chaque arbuste où je m’assieds,Un torrent de parfums s’écoule,Un oiseau s’envole à mes pieds.
L’air, à lui seul, est un remède,Et je suis venu sur ces monts,Dans ces flots de lumière tiède,Humer la vie à pleins poumons.
Je vois briller de ma fenêtreDes nuits plus belles que des jours,On a cru que j’allais renaître…Et pourtant, je souffre toujours !
La douce maison que j’habite,Sous l’abri de ses murs épais,Me sourit, m’enchaîne et m’inviteÀ m’épanouir dans sa paix.
Aux propos de la cheminée,Esprit et cœur sont de moitié ;Elle est joyeuse, elle est ornéeEt chaude comme l’amitié.
À petits pas nous allons prendreNos bains d’air pur et de soleil,Et de bonne heure un adieu tendreSouhaite à chacun le sommeil.
L’ᴀᴠᴇ du soir tinte et s’élance,Volant des clochers aux sommets ;Puis, tout rentre dans le silence…Et pourtant je ne dors jamais !
Si l’amitié, si la natureAvaient un remède à m’offrir,S’il est un baume à ma blessure,C’est là que je devais guérir.
Mais, puisque je vais, pâle et triste,Au mal rongeur toujours soumis,
Puisque ma souffrance résisteÀ ce soleil, à ces amis,
Chers enfants, il faut que j’achèveCe voyage au pays des fleurs ;Car c’est trop de subir, sans trêve,Et votre absence et mes douleurs.
Je pense à notre maison pleineDe tous ceux à qui j’appartiens…Réchauffez-moi de votre haleine,Ouvrez-moi vos cœurs !… je reviens,
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