Le Printemps d’un père

Le Livre d’un père

En vain, de sa douce voix,Dans nos boisLa brise de mai soupire ;Les chênes, mes vieux amis,Endormis,Ne savent plus rien me dire.

En vain, lorsque je m’assieds,A leurs pieds,Sourit l’œil bleu des pervenches,Et voltigent les chansonsDes pinsonsSur les aubépines blanches.

Avec ses fraîches odeurs,Ses splendeurs,Ses concerts, sa vive haleine,Le printemps, — qui m’enivrait, —ReparaîtEt moi je le sens à peine !

Car je souffre et je suis las ;J’entre, hélas !Dans la vieillesse inféconde.Par le temps et les soucis,Obscurcis,Mes yeux se ferment au monde.

Mais, si je regarde en moi,J’y revoisVerdoyer la Poésie,Sans plus emprunter aux fleursDes couleurs,Des tableaux de fantaisie.

J’y cueille, au fort des hivers,Pour mes vers,Mieux que les roses vermeilles,Plus douces que les oiseauxEt les eaux,Des voix flattent mes oreilles.

J’ai dans mon cœur, riche encor,Un trésor ;J’ai ma tendresse infinie ;

Sous mon toit j’ai le printemps,Et j’entendsSon éternelle harmonie.

Car j’ai vos fredons joyeux.Vos grands yeuxPleins de sourire et de flammes :J’ai surtout, — perles sans prix, —Mes chéris !Vos belles petites âmes.

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