Petit Docteur

Le Livre d’un père

Cher petit, tu m’as dit souventQue tu voudrais, pour me complaire,Devenir un docteur savantEt bon, comme le bon grand-père.

Tu voudrais, fidèle aux aïeux,Marcher droit sur leur humble route…Et j’ai des larmes dans les yeux,Mon bien-aimé, quand je t’écoute.

Je tressaille, à ce doux espoir,De joie et d’orgueil tout ensemble,En songeant que je puis avoir,Mon père ! un fils qui vous ressemble.

Tu passeras donc tes beaux joursÀ te préparer en silence,Libre des vulgaires amours,Par l’étude à la bienfaisance.

La science nous tient rigueur,Il faudra percer ses mystères ;Mais tu sais déjà, dans ton cœur,Que les malheureux sont tes frères.

Prêt à les servir, en tout lieuTu partageras leurs alarmes,Et chez les pauvres du bon DieuTu sécheras beaucoup de larmes.

Le bon grand-père a fait ainsi.Toi, tu l’imiteras sans cesse,N’ayant pas le moindre souciDes honneurs et de la richesse.

Peut-être il te faudra souffrir,Brisant ou ta lyre ou ta plume ;Mais il est plus beau de guérirQue d’imprimer un gros volume.

Cher enfant, ne regrette rien !Le renom, l’éloge illusoire…Tu vivras en faisant du bien :Va ! c’est la plus solide gloire.

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