Petits ingrats
Le Livre d’un père
Petits ingrats, mauvaises têtes,Méchants que je ne veux plus voir,Savez-vous le mal que vous faitesLorsque vous manquez au devoir ?
Sitôt que vous n’êtes pas sages,Nos amis, de très bonne foi,M’accablent de tristes présagesSur vous tous et même sur moi.
« Je vous rends de mauvais servicesJ’ai gâté ces vilains enfants ;Je suis cause de tous vos vices… »À peine si je me défends !
Je cherche, au dedans de moi-même,À m’excuser sur quelque point ;Pour quelles raisons je vous aime ?…Et, vraiment, je n’en trouve point.
Vous travaillez avec paresse,Vous êtes grognons, étourdis ;Et, quand je parle de sagesse,Vous riez à ce que je dis.
On ne m’a pas fait de mensonge :Je fus trop facile et trop doux…Et — je tremble, hélas ! quand j’y songe,Je suis responsable de vous !
Jamais le monde ne fait grâce,Vous le saurez tous, mais trop tard ;Et du châtiment qui menaceLe pauvre père aura sa part.
Si par orgueil, ou par paresse,Vous prenez de mauvais chemins,Songez au nom que je vous laisse :Ma mémoire est entre vos mains.
Vous savez le but de ma vie ?C’est vous. Et j’ai mis mon bonheurÀ travailler, sans autre enviedue d’accroître un peu votre honneur.
Vers ce but j’ai marché sans trêveEt j’y marcherai jusqu’au soir.
Pauvres enfants, de mon beau rêveVous pouvez me faire déchoir !
On dira : « Ce n’était, en somme,Qu’un rimeur, à tort à travers ;Mieux vaudrait nous laisser un hommeQue ces dix volumes de vers.
Tous ces rimeurs, en vers, en prose,Ils prennent des airs triomphants…Celui-là ne fut pas grand’choseS’il ressemblait à ses enfants. »
Vous ne voudrez pas, je l’espère,Rétifs, joueurs immodérés,Qu’on parle ainsi de votre pèreEt de ceux qu’il a vénérés.
Nous avons tous, en ce bas monde,Petits et grands, dès le bercail,La même loi simple et féconde :Obéir, aimer le travail.
Travaillez ! des heures d’étudeNe perdez pas un seul instant ;Ce serait une ingratitudePour celui qui vous aime tant.
Il faut que chacun se surmonte ;Quand je vous vois sots, négligents,Je ne puis pardonner sans honteMême aux yeux les plus indulgents.
Mais il me semble qu’on raisonneEt qu’on sourit… Petits ingrats !Ne vous montrez plus à personne…Venez vous cacher dans mes bras.
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