L’Idée de patrie à travers les siècles — 02
Sois aux chrétiens, toujours pour les guider,Et donne-leur victoire ou délivrance.Vous, Seigneur Dieu, qui daignâtes m’aider,Ne laissez point honnir terre de France.
…Pour elle on doit souffrir grands maux,Tout endurer, et grands froids et grands-chauds ?On doit y perdre et son sang et sa chair.
La loi, le sang, Nature, à l’homme font sentirQu’il naît, vit, croit, et doit ses ans, son bien, sa vieAux amis, aux parens, à sa chère patrie,Et qu’il faut pour les trois naître, vivre et mourir.
Ce monstre arme le fils contre son propre père.Et le frère (ô mal-heur ! ) arme contre son frère,La sœur contre la sœur, et les cousins germainsAu sang de leurs cousins veulent tremper leurs mains ;L’oncle hait son neveu, le serviteur son maître ;La femme ne veut plus son mary reconnaître ;Les enfans sans raison disputent de la foy,Et tout à l’abandon va sans ordre et sans loy.L’artisan, par ce monstre, a laissé sa boutique,Sa nef le marinier, son trafic le marchand,Et par lui le prud’homme est devenu méchant,L’écolier se débauche, et de sa faux tortue (tordue)Le laboureur façonne une dague pointue,Une pique guerrière il fait de son râteau,Et l’acier de son coutre il change en un couteau.
Vous avez fait mourirLa France, votre mère, au lieu de la nourrir.
Combattez pour la France et pour la liberté…Car l’amour du pays me fait parler ainsi.
France se va remettre en paix et en concorde ;Pendez-vous, Espagnols, nous fournirons la corde.
La liberté sublime emplissait leurs pensées.Flottes prises d’assaut, frontières effacéesSous leur pas souverain ;O France, tous les jours c’était quelque prodige,Chocs, rencontres, combats ; et Joubert sur l’Adige,Et Marceau sur le Rhin.
On battait l’avant-garde, on culbutait le centre ;Dans la pluie et la neige et de l’eau jusqu’au ventre,On allait en avant !Et l’un offrait la paix, et l’autre ouvrait ses portes,Et les trônes, roulant comme des feuilles mortes,Se dispersaient au vent !
La Révolution leur criait : « Volontaires,Mourez pour délivrer tous les peuples vos frères ! »Contens, ils disaient oui.« Allez, mes vieux soldats, mes généraux imberbes ! »Et l’on voyait passer ces va-nu pieds superbesSur le monde ébloui !
… Ah ! je voudrais,Je voudrais n’être pas Français, pour pouvoir direQue je te choisis, France, et que, dans ton martyre,Je te proclame, toi que ronge le vautour,Ma patrie et ma gloire, et mon unique amour.
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