Les Comédiens et la société polie — 02
Si ta bouche ne doit rien direDe ces vers désormais sans prix,Si je n’ai, pour être compris,Ni tes larmes ni ton sourire ;
Si dans ta voix, si dans tes traitsNe vit plus le feu qui m’animeSi le noble cœur de Monime,Ne doit plus savoir mes secrets ;
Si ta triste lettre est signée,Si les gardiens d’un vieux tombeauLaissent leur prêtresse indignéeSortir, emportant son flambeau ;
Cette langue de ma pensée,Que tu connais, que tu soutiens,Ne sera jamais prononcéePar d’autres accens que les tiens.
Périssent plutôt ma mémoireEt mon beau rêve ambitieux !Mon génie était dans ta gloire,Mon courage était dans tes yeux.
… Connaissais-tu si peu l’ingratitude humaine ?Quel rêve as-tu donc fait de te tuer pour eux ?Quelques bouquets de fleurs te rendaient-ils si vaine,Pour venir nous verser de vrais pleurs sur la scène,Lorsque tant d’histrions et d’artistes fameux,Couronnés mille fois, n’en ont pas dans les yeux ?…
Que ne détournais-tu la tête pour sourire,Comme on en use ici quand on feint d’être ému ?Hélas ! on t’aimait tant, qu’on n’en aurait rien vu.Quand tu chantais le Saule, au lieu de ce délire,Que ne t’occupais-tu de bien porter la lyre ?La Pasta fait ainsi : que ne l’imitais-tu ?
Ne savais-tu donc pas, comédienne imprudente,Que ces cris insensés qui te sortaient du cœur,De ta joue amaigrie augmentaient la pâleur ?Ne savais-tu donc pas, que, sur ta tempe ardente,Ta main de jour en jour se posait plus tremblante,Et que c’est tenter Dieu que d’aimer la douleur ?…
Reine de l’éventail, elle a de CélimèneLes grands airs et l’esprit sans la méchanceté ;Mais, oubliant les traits aigus de l’inhumaine,S’il eût connu son cœur, Alceste fût resté.
Pourquoi donc appeler sa pièce Rosemonde ?On n’y voit point de rose, on n’y voit point de monde.
Pourquoi donc ces gens-là s’appellent-ils Bombelle ?Le mari n’est pas bon, la femme n’est point belle !
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