Aux lueurs du flambeau par ma main soutenu

La Pitié suprême (1927)

XII

Aux lueurs du flambeau par ma main soutenu,Tout le fourmillement ténébreux est venu ;Devant mon esprit calme et que l’équité mène,J’ai donné rendez-vous à la misère humaine,À toute l’ignorance, à tout front déprimé,À quiconque a pour âme un soupirail fermé ;J’ai plaint, les rassemblant sous ma prunelle sombre,Tous ces demi-vivants, les infirmes sans nombre,Tous ceux sur qui le deuil tire son lourd rideau,Le mendiant sans yeux au front ceint d’un bandeau,Le pauvre homme pied-bot tremblant sur la béquille,Et je me suis senti, tous étant ma famille,Tous ayant droit aux pleurs, leur unique trésor,Une compassion plus douloureuse encorPour le boiteux du sceptre et l’aveugle à couronne.La cécité sur tous pèse et les environne ;Ils sont tous du néant qui souffre ; et puis, hélas,Ces diadèmes d’or sur tous ces crânes plats !Hélas, ne rien savoir, ne rien voir, et l’empire !Être tout, n’étant rien ; quelle indigence pire !Quel plus dur dénûment, quel plus morne abandon,Et quel accouplement plus digne de pardonQue la toute-ignorance et la toute-puissance !Quoi de plus désolé que cette affreuse absenceDe la réalité, du vrai, de la raison,Et du jour, englouti derrière l’horizon ?Entre les malheureux gravissant les calvaires,Pour ceux-ci qui sont rois serons-nous plus sévèresParce qu’ils sont plus sourds et plus noirs, et qu’ils ontPlus d’horreur dans la main et d’ombre sur le front ?

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