La Chouette

Les Contemplations

Une chouette était sur la porte clouée,Larve de l’ombre au toit des hommes échouée.La nature, qui mêle une âme aux rameaux verts,Qui remplit tout, et vit à des degrés diversDans la bête sauvage et la bête de somme,Toujours en dialogue avec l’esprit de l’homme,Lui donne à déchiffrer les animaux, qui sontSes signes, alphabet formidable et profond ;Et, sombre, ayant pour mots l’oiseau, le ver, l’insecte,Parle deux langues : l’une, admirable et correcte,L’autre, obscur bégaiement. L’éléphant aux pieds lourds,Le lion, ce grand front de l’antre, l’aigle, l’ours,Le taureau, le cheval, le tigre au bond superbe,Sont le langage altier et splendide, le verbe ;Et la chauve-souris, le crapaud, le putois,Le crabe, le hibou, le porc, sont le patois.Or, j’étais là, pensif, bienveillant, presque tendre,Épelant ce squelette, et tâchant de comprendreCe qu’entre les trois clous où son spectre pendait,Aux vivants, aux souffrants, au bœuf triste, au baudet,Disait, hélas, la pauvre et sinistre chouette,Du côté noir de l’être informe silhouette.

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