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Œuvres complètes de Voltaire — Tome 23

Petit rimeur anti-chrétienOn reconnaît dans tes ouvragesTon caractère et non le mien.Ma principale faute, hélas ! je m’en souvien,Vint d’un cœur qui, séduit par tes patelinages,Crut trouver un ami dans un parfait vaurien.Charme des fous, horreur des sages,Quand par lui mon esprit aveuglé, j’en convien,Hasardait pour toi ses suffrages ;Mais je ne me reproche rienQue d’avoir sali quelques pagesD’un nom aussi vil que le tien.

Si d’Urania, e d’Amor questa è la figlia,Cui del bel globo la custodia dieroL’infallibili Parche, e’l sommo imperoSù tutta l’amorosa ampia famiglia.

Ad Amore nel volto ella somiglia,Ad Urania nel rapido pensiero,Chè sa d’ogn’ astro il moto, ed il sentiero,Ed onde argentea luce abbia, o vermiglia.

Non t’inganni, mi disse il franco vate ;Ma costei non d’Urania, e non d’Amore,Ma da Minerva d’Apollo ebbe i natali ;

Come a Minerva, a lei furo svelateL’opre di Giove, ed ella il genitorePropose qual oracolo a’ mortali.

Valois se réveilla du sein de son ivresse…

Gouverner son pays du sein des voluptés…

Non satis est pulchra esse poemata ; dulcia sunto.

Quand votre Dieu pour vous n’aurait qu’indifférence,Pourrait-il, oubliant sa gloire qu’on offense,Permettre à cette erreur, qu’il semble autoriser,D’abuser de son nom pour nous tyranniser ?

Je demande où l’on va, d’où l’on vient, qui nous sommes ;Et je les vois courir, peu touchés de nos maux,À des amusements qu’ils nomment leurs travaux.On détruit, on élève, on s’intrigue, on projette.

Sans cesse l’on écrit, et sans cesse on répète.L’un, jaloux de ses vers, vains fruits d’un doux repos.Croit que Dieu ne l’a fait que pour ranger des mots ;L’autre, assis pour entendre et juger nos querelles,Dicte un amas d’arrêts qui les rend éternelles.

Cent fois j’ai souhaité (j’en fais l’aveu honteux)Pouvoir de mes malheurs me distraire comme eux,Et, risquant sans remords mon âme infortunée,Attendre du hasard ma triste destinée.

Ô toi qui vainement fais ton Dieu du hasard !

Le sage Dufaï, parmi ces plants divers,Végétaux rassemblés des bouts de l’univers,

Me dira-t-il pourquoi la tendre sensitiveSe flétrit sous nos mains, honteuse et fugitive ;…..Pourquoi ce ver changeant se bâtit un tombeau,S’enterre, et ressuscite avec un corps nouveau,Et, le front couronné, tout brillant d’étincelles,S’élance dans les airs en déployant ses ailes ?

Chez ses frères rampants, qu’il méprise aujourd’hui,Sur la terre autrefois traînant sa vie obscure,Semblait vouloir cacher sa honteuse figure ;Mais les temps sont changés ; sa mort fut un sommeil ;On le vit plein de gloire à son brillant réveil,Laissant dans le tombeau sa dépouille grossière,Par un sublime essor voler vers la lumière.

Demandez à Sylva par quel secret mystèreCe pain, cet aliment dans mon corps digéré.Se transforme en un lait doucement préparé ;Comment, toujours filtré dans ses routes certaines,En longs ruisseaux de pourpre il court enfler mes veines.

Mais qui donne à mon sang cette ardeur salutaire ?Sans mon ordre il nourrit ma chaleur nécessaire ;D’un mouvement égal il agite mon cœur ;Dans ce centre fécond il forme sa liqueur,Il vient me réchauffer par sa rapide course.

Rome enfin se découvre à ses regards cruels ?Rome, jadis son temple et l’effroi des mortels ;Rome dont le destin, dans la paix, dans la guerre,Est d’être en tous les temps maîtresse de la terre.Par le droit des combats on la vit autrefoisSur leurs trônes sanglants enchaîner tous les rois ;L’univers fléchissait sous son aigle terrible :Elle exerce en nos jours un pouvoir plus paisible ;On la voit sous son joug asservir ses vainqueurs.Gouverner les esprits, ei commander aux cœurs ;Ses avis sont ses lois, ses décrets sont ses armes, etc.

Cette ville autrefois maîtresse de la terre,Rome qui, par le fer et le droit de la guerre,Commandait autrefois à toute nation,Rome commande encor par la religion.Avec plus de douceur, et non moins d’étendue,Son empire établi frappe d’abord ma vue.Des peuples, de son sein par l’orage écartés.Contre son Dieu du moins ne sont pas révoltés ;Tout le Nord est chrétien, tout l’Orient encore, etc.

Tu n’as pas oublié ces sacrés homicidesQu’à tes indignes dieux présentaient tes druides.

Les Gaulois détestant les honneurs homicidesQu’offre à leurs dieux cruels le fer de leurs druides.

Le crime a ses héros, l’erreur a ses martyrs, etc.

L’erreur a ses martyrs ; le bonze follement, etc.

Sur les pompeux débris de Bellone et de Mars,Un pontife est assis au trône des Césars.Des prêtres fortunés foulent d’un pied tranquilleLe tombeau des Catons, et la cendre d’Émile.

Le trône est sur l’autel, et l’absolu pouvoirMet dans les mêmes mains le sceptre et l’encensoir.

Terrible par ses clefs et son glaive invisible,Tranquillement assis dans un palais paisible,Par l’anneau du pêcheur autorisant ses lois,Au rang de ses enfants un prêtre met nos rois.

Vous dont la main savante et l’exacte mesureDe la terre étonnée ont fixé la figure,Dévoilez les ressorts qui font la pesanteur ;Vous connaissez les lois qu’établit son auteur ;Parlez, enseignez-moi comment ses mains fécondesFont tourner tant de cieux, graviter tant de mondesVous ne le savez point, etc.

Vous que de l’univers l’architecte suprêmeEût pu charger du soin de l’éclairer lui-même.Des travaux qu’avec vous je ne puis partager,Si j’ose vous distraire et vous interroger.Dites-moi quel attrait à la terre rappelleCe corps que dans les airs il lance si loin d’elleLa pesanteur… déjà ce mot vous trouble tous.

Vers un centre commun tout gravite à la fois.

Vers un centre commun tous pèsent à la fois.

Et périsse à jamais l’affreuse politiqueQui prétend sur les cœurs un pouvoir despotique ;Qui veut le fer en main convertir les mortels ;Qui du sang hérétique arrose les autels,Et, suivant un faux zélé ou l’intérêt pour guides,Ne sert un Dieu de paix que par des homicides !

Quel Dieu contraire au nôtre aurait pu nous apprendreQu’en soutenant un dogme il faut, pour le défendre,Armés de fer, saisis d’un long emportement,Dans un cœur obstiné plonger son argument ?

Déjà de la carrièreL’auguste vérité vient m’ouvrir la barrière ;Déjà ces tourbillons l’un par l’autre pressés,Se mouvant sans espace, et sans règle entassés,Ces fantômes savants à mes yeux disparaissent.Un jour plus pur me luit ; les mouvements renaissent,L’espace qui de Dieu contient l’immensitéVoit rouler dans son sein l’univers limité ;Cet univers si vaste à notre faible vue,Et qui n’est qu’un atome, un point dans l’étendue.

Là, d’un cubique amas, berceau de la nature,Sortent trois éléments de diverse figure.Là ces angles qu’entre eux brise leur frottement,Quand Dieu, qui dans le plein met tout en mouvement,Pour la première fois fit tourner la matière.................Newton ne la voit pas ; mais il voit ou croit voirDans un vide étendu tous les corps se mouvoir.

Adoucit-il les traits de sa main vengeresse ?Punira-t-il, hélas ! des moments de faiblesse,Des plaisirs passagers, pleins de trouble et d’ennui,Par des tourments affreux, éternels comme lui ?

Mais, pour quelque douceur rapidement goûtée,Qui console en sa soif une âme tourmentée,Croirons-nous qu’en effet il s’irrite si fort,Et pour un peu de miel condamne-t-il à mort ?

Qu’en quelque obscurité que le sort l’eût fait naître,Le monde, en le voyant, eût reconnu son maître.

Je doute qu’on le prenne avec vous sur le tonDe Daphné, ni de Phaéton,Lui trop ambitieux, elle trop inliumaine.Il n’est point là de piége où vous puissiez donner :Le moyen de s’imaginerQu’une femme vous fuie, ou qu’un homme vous mène !

Ils ont eu l’art de bien connaîtreL’homme qu’ils ont imaginé ;Mais ils n’ont jamais devinéCe qu’il est ni ce qu’il doit être.

Si j’avais la vivacitéQui fait briller Coulanges ;Si je possédais la beautéQui fait régner Fontanges ;Ou si j’étais comme ContiDes Grâces le modèle,Tout cela sérail pour Créqui,Dût-il m’être infidèle.

Dût-il m’être infidèle !

En vain je bois pour calmer mes alarmes,Et pour chasser l’amour qui m’a surpris ;Ce sont des armesPour mon Iris.Le vin me fait oublier ses mépris,Et m’entretient seulement de ses charmes.

Vous n’avez point, verte fougère,L’éclat des fleurs qui parent le printemps ;Mais leur beauté ne dure guère,Vous êtes aimable en tout temps.Vous prêtez des secours charmantsAux plaisirs les plus doux qu’on goûte sur la terre :Vous servez de lit aux amants.Aux buveurs vous servez de verre.

Oiseaux, si tous les ans vous changez de climatsDès que le triste hiver dépouille nos bocages,Ce n’est pas seulement pour changer de feuillages,Ni pour éviter nos frimas ;Mais votre destinéeNe vous permet d’aimer qu’à la saison des fleurs ;Et quand elle a passé, vous la cherchiez ailleurs,Afin d’aimer toute l’année.

In tenui labor.

(Georg., IV, 6.)

Il élève sa voix ; on murmure, on s’empresse ;On l’entoure, on l’écoute, et le tumulte cesse :Ainsi dans un vaisseau qu’ont agité les flots,Quand les vents apaisés ne troublent plus les eaux,On n’entend que le bruit de la proue écumante,Qui fend d’un cours heureux la vague obéissante.Tel paraissait Pothier, dictant ses justes lois,Et la confusion se taisait à sa voix.

(Ch. VI, 75-82.)

On se plaît à les voir s’observer et se craindre,S’avancer, s’arrêter, se mesurer, s’atteindre.Le fer étincelant, avec art détourné,Par de feints mouvements trompe l’œil étonné.Telle on voit du soleil la lumière éclatante,Brisant ses traits de feu dans l’onde transparente,Et se rompant encor par des chemins divers,De ce cristal mouvant repasser dans les airs.

(Ch. X, 129-136.)

Ainsi que le cours des annéesSe forme des jours et des nuits,Le cercle de nos destinéesEst marqué de joie et d’ennuis.(Liv. II, od. IV.)

À ces deux jumeaux que la fablePlaça jadis au rang des dieux ;Couple de déités bizarre.Tantôt habitant du Ténare.Et tantôt citoyen des cieux.(Ibid.)

Tel qu’un arbre stable et ferme,Quand l’hiver par sa rigueurDe la sève qu’il renfermeA refroidi la vigueur,S’il perd l’utile assistanceDes appuis dont la constanceSoutient ses bras relâchés,Sa tête altière et hautaineCachera bientôt l’arèneSous ses rameaux desséchés.(Liv. IV, od. IX.)

Comme un zéphyr qui caresseUne fleur sans s’arrêter,Une volage maîtresseS’empresse de nous quitter.

Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.

Luctus et ultrices posuere cubilia Curæ…Et Metus, et malesuada Fames, et turpis Egestas.

L’ordre donné, la séance réglée,Et des démons la troupe rassemblée,Furent assis les sombres députés.Selon leur ordre, emplois et dignités.Au premier rang, le ministre Asmodée,Et Belzébuth à la face échaudée.Et Bélial, puis les diables mineurs.Juges, préfets, intendants, gouverneurs,Représentant le tiers état du gouffre.Alors, assis sur un trône de soufre,Lucifer tousse, et, faisant un signal,

Tint ce discours au sénat infernal…........................« Quels noirs complots, quels ressorts inconnus,Font aujourd’hui tarir mes revenus ?Depuis un mois assemblant mes ministres,J’ai feuilleté mes journaux, mes registres ;De jour en jour l’enfer perd de ses droits ;Le diable oisif y souffle dans ses doigts. »

L’épigramme plus libre, en son tour plus borné,N’est souvent qu’un bon mot de deux rimes orné,

Ce monde-ci n’est qu’une œuvre comiqueOù chacun fait ses rôles différents.Là, sur la scène, en habit dramatique,Brillent prélats, ministres, conquérants.Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs,Troupe futile, et des grands rebutée,Par nous d’en bas la pièce est écoutée ;Mais nous payons, utiles spectateurs :Et quand la farce est mal représentée,Pour notre argent nous sifflons les acteurs.

(Liv. I, épig. XIV.)

Troupe futile, et des grands rebutée.

Lorsque Maillart, juge d’enfer, menoitÀ Monfaulcon Samblançay l’ame rendre,À vostre advis lequel des deux tenoitMeilleur maintien ? Pour le vous faire entendre,Maillart sembloit homme qui mort va prendre,Et Samblançay fut si ferme vieillartQue l’on cuydoit pour vray qu’il menast pendreÀ Monfaulcon le lieutenant Maillart.

Être l’Amour quelquefois je désire,Non pour régner sur la terre et les cieux,Car je ne veux régner que sur Thémire :Seule elle vaut les mortels et les dieux :Non pour avoir le bandeau sur les yeux,Car de tout point Thémire m’est fidèle ;Non pour jouir d’une gloire immortelle.Car à ses jours survivre je ne veux ;Mais seulement pour épuiser sur elleDu dieu d’amour et les traits et les feux.

Cocu de long et de travers,Sot au delà de toutes bornes ;Comment te plains-tu de mes vers,Toi qui souffres si bien les cornes ?

L’usure et la poésieOnt fait, jusques aujourd’hui,Du fesse-matthieu de BrieLes délices et l’ennui.Ce rimailleur à la glaceN’a fait qu’un pas de ballet,Du Châtelet au Parnasse,Du Parnasse au Châtelet.

Pour paraître honnête homme, en un mot, il faut l’être.

Il n’est point ici-bas de moisson sans culture.

Celui-là fait le crime à qui le crime sert.Tout empire est tombé, tout peuple eut ses tyrans.

Tel brille au second rang qui s’éclipse au premier.

C’est un poids bien pesant qu’un nom trop tôt fameux.

Nous ne vivons jamais, nous attendons la vie.Le crime a ses héros, l’erreur a ses martyrs.

La douleur est un siècle, et la mort un moment.

Entendez-vous, bailli, ce sublime langage ?Si vous ne m’entendez, je vous aime autant sourd.

La fourmi n’est pas prêteuse.

Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.

Des enfants de Japet toujours une moitiéFournira des armes à l’autre.

Plutôt souffrir que mourir ;C’est la devise des hommes.

Il n’est pour voir que l’œil du maître.Quant à moi j’y mettrais encor l’œil de l’amant.

Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous.

Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois

Vous me devez, seigneur, l’estime et la tendresse.

L’Éternel est son nom, le monde est son ouvrage ;Il entend les soupirs de l’humble qu’on outrage ;Juge tous les mortels avec d’égales lois,Et du haut de son trône interroge les rois.

Les cieux instruisent la terreÀ révérer leur auteur ;Tout ce que leur globe enserreCélèbre un dieu créateur.Quel plus sublime cantiqueQue ce concert magnifiqueDe tous les célestes corps !Quelle grandeur infinie !Quelle divine harmonieRésulte de leurs accords !

Et la plus glorieuse a des régals peu chers. (I, i.)

Et quand on a quelqu’un qu’on hait ou qui déplaît. (I, i.)

Que, pour avoir vos biens, on dresse un artifice. (I, i.)

Ne ferme point mes yeux aux défauts qu’on lui treuve.

Mais si son amitié pour vous se fait paraître. (I, i.)

Non, ce n’est pas, madame, un bâton qu’il faut prendre,Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre.

...... Et ses soins tendent toutPour accrocher quelqu’un.

Et son jaloux dépit qu’avec peine elle cache,En tous endroits sous main contre moi se détache.

On vous voit en tous lieux vous déchaîner sur moi.

Et monsieur, qu’à propos le hasard fait venir,Remplira mieux ma place à vous entretenir.

Pour peu que d’y songer vous nous fassiez les mines.

Oui, toute mon amie elle est, et je la nommeIndigne d’asservir…

Renverse le bon droit, et tourne la justice.

Au bruit que contre vous sa malice a tourné.

................Sont les titres affreux dont le droit de l’épée,Justifiant César, a condamné Pompée.

Et qui veut être juste en de telles saisonsBalance le pouvoir, et non pas les raisons.

Soutiendrez-vous un faix sous qui Rome succombe,Sous qui tout l’univers se trouve foudroyé ?

Mais quoique vos encens le traitent d’immortel.

Et cesse de devoir, quand la dette est d’un rangÀ ne point l’acquitter qu’aux dépens de leur sang.

Assurer sa puissance et sauver son estime.

Trop au-dessous de lui pour y prêter l’esprit.

Et son dernier soupir est un soupir illustre.

Ce prince d’un sénat maître de l’univers…

Sitôt que d’un malheur sa fortune est suivie,Les monstres de l’Égypte ordonnent de sa vie !

Il en coûte la vie et la tête à Pompée !

Je connais ma portée, et ne prends point le change ;...................Vous montrez cependant un peu bien du mépris.

Et plus dans l’insolence elle s’est emportée.

De s’en plaindre à Pompée auparavant qu’à lui.

De relever du coup dont ils sont étourdis,

Quoi qu’il en fasse, enfin.

Il venait à plein voile

Voilà ce qu’attendait,Ce qu’au juste Osiris la reine demandait.

Tout beau, que votre haine en sang assouvie…Et pour en bien parler, nous vous devons le tout.

Il nous fallait, pour vous, craindre votre clémence,Et que le sentiment d’un cœur trop généreux,Usant mal de vos droits, vous rendît malheureux.

Je m’apaiserais Rome avec votre supplice.

Comme a-t-elle reçu les offres de ma flamme ?

Elle craint, toutefois,L’ordinaire mépris que Rome fait des rois.

D’un astre envenimé l’invincible poison.

Qu’il eût voulu souffrir qu’un bonheur de mes armes.

Quoi ! de la même main et de la même épée,Dans un tel désespoir à vos yeux a passé.

Quelques soins qu’ait César.

Pour de ce grand dessein assurer le succès.

Ainsi que la naissance ils ont les esprits bas.

De quoi peut satisfaire un cœur si généreux,Le sang abject et vil de ces deux malheureux.

J’en ai déjà parlé ; mais il a su gauchir.

C’est ce glorieux titre à présent effectif.

À mes vœux innocents sont autant d’ennemis.

Permettez cependant qu’à ces douces amorcesJe prenne un nouveau cœur et de nouvelles forces.

Mes yeux, puis-je vous croire, et n’est-ce point un songeQui sur mes tristes vœux a formé ce mensonge ?

Qu’avec chaleur, Philippe, on court à le venger.

Pour grand qu’en soit son prix, son péril en rabat.

Je n’aimais mieux juger sa vertu par la nôtre.

J’excitai mon courage à le persécuter,

(Acte I, scène iii.)

Parce qu’au point qu’il est, j’en voudrais faire autant.

Je ne viens pas ici pour troubler une plainteTrop juste à la douleur dont vous êtes atteinte.

Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas.

Aucuns ordres ni soins n’ont pu le secourir.

Leur roi n’a pu jouir de ton cœur adouci ;Et Pompée est vengé ce qu’il peut l’être ici.

Je vous aime tout ce qu’on peut aimer.

Ta nouvelle victoire, et le bruit éclatantQu’aux changements de roi pousse un peuple inconstant.

Et parmi ces objets ce qui le plus m’afflige.

......J’ajoute une requête.

Faites un peu de force à votre impatience.

...Non pas, César, non pas à Rome encor :Il faut que ta défaite et que tes funéraillesÀ cette cendre aimée en ouvrent les murailles ;Et, quoiqu’elle la tienne aussi chère que moi…

Et quand tout mon effort se trouvera rompu.

J’ai vu le désespoir qu’il a voulu choisir.

Il est de la fatalitéQue l’aigreur soit mêlée à la félicité.

Conquérir cette Silésie ;Revenir couvert de lauriersDans les bras de la poésie ;Donner aux belles, aux guerriers,Opéra, bal et comédie ;Se voir craint, chéri, respecté.Et connaître, au sein de la gloire,L’esprit de la société,Bonheur si rarement goûtéDes favoris de la victoire ;Savourer avec volupté,Dans des moments libres d’affaire,

Les bons vers de l’antiquité,Et quelquefois en daigner faireDignes de la postérité :Semblable vie a de quoi plaire ;Elle a de la réalité,Et le plaisir n’est point chimère.

Amongst unequals no society.

Lorsqu’à Nervinde on combattit,Et que l’Angleterre alarméeEut appris par la renomméeLa disgrâce qu’elle y souffrit,Tout son parlement en pâlit ;Mais Votre Excellence, animéePar les dangers et par le bruit,Par les canons et leur fumée ;Mais plus que tout cela charméeDe voir leur Orange interdit,Se mit en tête, à ce qu’on dit.De prendre toute son armée ;Mais ce fut elle qui vous prit, etc.

Quoi ! la nécessité des vertus et des vicesD’un astre impérieux doit suivre les caprices ;Et l’homme sur soi-même a si peu de créditQu’il devient scélérat quand Delphes l’a prédit !L’âme est donc tout esclave ! une loi souveraineVers le bien ou le mal incessamment l’entraîne ;Et nous ne recevons ni crainte ni désirDe cette liberté qui n’a rien à choisir.Attachés sans relâche à cet ordre sublime,Vertueux sans mérite, et vicieux sans crime,Qu’on massacre les rois, qu’on brise les autels,C’est la faute des dieux, et non pas des mortels.De toute la vertu sur la terre épandue.Tout le prix à ces dieux, toute la gloire est due :Ils agissent en nous, quand nous pensons agir.Alors qu’on délibère on ne fait qu’obéir ;Et notre volonté n’aime, hait, cherche, évite,Que suivant que d’en haut leur bras la précipite.

Et nous ne recevons ni crainte ni désirDe cette liberté, etc.

Ah ! sans la liberté.........D’un artisan suprême impuissantes machines,Automates pensants, mus par des mains divines,Nous serions à jamais, de mensonge occupés,Vils instruments d’un dieu qui nous aurait trompés !Comment sans liberté serions-nous ses images ?Que lui reviendrait-il de ses brutes ouvrages ?On ne peut donc lui plaire, on ne peut l’offenser ;Il n’a rien à punir, rien à récompenser.Dans les cieux, sur la terre, il n’est plus de justice : Caton fut sans vertu, Catilina sans vice.Le destin nous entraîne à nos affreux penchants,Et ce chaos du monde est fait pour les méchants, etc.|90}}

D’un artisan suprême impuissantes machines,Automates pensants, mus par des mains divines.

Qu’il devient scélérat quand Delphes l’a prédit.

Sur un autel de fer, un livre inexpliquableContient de l’avenir l’histoire irrévocable.La main de l’Éternel y marqua nos désirs,Et nos chagrins cruels, et nos faibles plaisirs.On voit la liberté, cette esclave si fière,Par d’invincibles nœuds en ces lieux prisonnière :Sous un joug inconnu, que rien ne peut briser,Dieu sait l’assujettir sans la tyranniser ;À ses suprêmes lois d’autant mieux attachéeQue sa chaîne à ses yeux pour jamais est cachée.Qu’en obéissant même elle agit par son choix,Et souvent aux destins pense donner des lois.

Si l’on en croit pourtant un système flatteur,Pour le bien et le mal l’homme également libreConserve, quoi qu’il fasse, un constant équilibre.Lorsque, pour l’écarter des lois de son devoir,Les passions sur lui redoublent leur pouvoir,

Aussitôt, balançant le poids de la nature,La grâce de ses dons redouble la mesure.

La vapeur de mon sang ira grossir la foudreQue Dieu tient déjà prête à le réduire en poudre.

J’irai, sous mes cyprès, accabler ses lauriers.

Sa victoire affaiblit vos remparts désolés ;Du sang qui les inonde ils semblent ébranlés.

Rome, qui détruit tout, semble enfin se détruire.Ce colosse effrayant dont le monde est foulé,

En pressant l’univers est lui-même ébranlé.Il penche vers sa chute, et contre la tempêteIl demande mon bras pour affermir sa tête.

Ce bras, qui rend là force aux plus faibles courages,Soutiendra ce roseau plié par les orages.

Votre hymen est le nœud qui joindra les deux mondes.

L’Américain farouche est un monstre sauvageQui mord, en frémissant, le frein de l’esclavage.

En maçonnant les remparts de son âme,Songea bien plus au fourreau qu’à la lame.

Vous êtes-vous, seigneur, imaginé,Le cœur humain de près examiné,

En y portant le compas et l’équerre,Que l’amitié par l’estime s’acquière ?

Pour le mieux admirer, trouvez bon, je vous prie,Que j’apprenne de vous les troubles de Syrie.J’en ai vu les premiers, et me souviens encoreDes malheureux succès du grand roi Nicanor,Quand, des Parthes vaincus pressant l’adroite fuite,Il tomba dans leurs fers au bout de sa poursuite.Je n’ai pas oublié que cet événementDu perfide Tryphon fit le soulèvement, etc.

Que vois-je ? c’est Issé qui repose en ces lieux :J’y venais pour plaindre ma peine ;Mais mes cris troubleraient son repos précieux.

J’y venais pour plaindre ma peine.

Que nos prairiesSeront fleuries !Les cœurs glacésPour jamais en sont chassés.Qu’amour a de charmes !Rendons-lui les armes ;Les plaisirs charmantsSont pour les amants.

Profonds abîmes de la terre,Enfer, ouvre-toi !Frappez, tonnerre,Écrasez-moi !Mon bras a refusé de servir mon courage ;Je suis vaincu, je suis dans l’esclavage.Je ne te verrai plus, flambeau sacré des cieux !Lumière, tu fuis de mes yeux !Lumière, brillante imageD’un dieu ton auteur.Premier ouvrageDu Créateur :Douce lumière !Nature entière !Des voiles de la nuit l’impénétrable horreurTe cache à ma triste paupière.

Profonds abîmes, etc.

Tous nos dieux, étonnés et cachés dans les cieux,Ne pouvaient sauver notre empire :Vénus, avec un sourire,Nous a rendus victorieux ;Mars a volé, guidé par elle,Sur son char tout sanglant ;La Victoire immortelleTirait son glaive étincelantContre tout un peuple infidèle ;Et la nuit éternelleVa dévorer leur chef interdit et tremblant.

C’est Vénus qui défend aux tempêtesDe gronder sur nos têtes.Notre ennemi cruelEntend encor nos fêtes,Tremble de nos conquêtes,Et tombe à son autel.

Eh bien ! qu’est devenu ce dieu si redoutableQui par tes mains devait nous foudroyer ?Une femme a vaincu ce fantôme effroyable,Et son bras languissant ne peut se déployer.Il t’abandonne, il cède à ma puissance ;Et, tandis qu’en ces lieux j’enchaîne les destins.Son tonnerre, étouffé dans ses débiles mains,Se repose dans le silence.

Grand Dieu ! j’ai soutenu cet horrible langage,Quand il n’offensait qu’un mortel ;On insulte ton nom, ton culte, ton autel,Lève-toi, venge ton outrage.

Tes cris, tes cris, ne sont point entendus,Malheureux, ton dieu n’est plus.

Tu peux encore armer cette main malheureuse ;Accorde-moi du moins une mort glorieuse.

Non, tu dois sentir à longs traitsL’amertume de ton supplice.

Qu’avec toi ton dieu périsse,Et qu’il soit, comme toi, méprisé pour jamais !

Tu m’inspires enfin ; c’est sur toi que je fondeMes superbes desseins :Tu m’inspires ; ton bras secondeMes languissantes mains.

Vil esclave, qu’oses-tu dire ?Prêt à mourir dans les tourments,Peux-tu bien menacer ce formidable empireÀ tes derniers moments ?Qu’on l’immole ; il est temps.Frappez ; il faut qu’il expire.

Arrêtez ; je dois vous instruireDes secrets de mon peuple et du dieu que je sers :Ce moment doit servir d’exemple à l’univers.

Parle, apprends-nous tous les crimes,Livre-nous toutes nos victimes.

Roi, commande que les HébreuxSortent de ta présence et de ce temple affreux.

Tu seras satisfait.

La cour qui t’environne,Tes prêtres, tes guerriers, sont-ils autour de toi ?

Ils y sont tous ; explique-toi.

Suis-je auprès de cette colonneQui soutient ce séjour si cher aux Philistins ?

Oui, tu la touches de tes mains.

Temple odieux, que tes murs se renversent ;Que tes débris se dispersentSur moi, sur ce peuple en fureur !

Tout tombe ! tout périt ! ô ciel ! ô dieu vengeur !

J’ai réparé ma honte, et j’expire en vainqueur.

Zirphé, qui vous voit vous adore.Quoi ! j’aime autant qu’on peut aimer,Et je n’ai point vu ce que j’aime.

Une sylphide peut aimer ;Mais une mortelle est charmante.

Vous paraissiez charmant ; vous traversiez les airs.

Tous les cœurs sont matelots ;Voguons dessus les flots ?

Je ne sais pas pourquoi l’on vante l’Alexandre ;Ce n’est qu’un glorieux qui ne dit rien de tendre.Les héros, chez Quinault, parlent bien autrement,Et, jusqu’à Je vous hais, tout s’y dit tendrement.

Tandis que Pelletier, crotté jusqu’à l’échine,S’en va chercher son pain de cuisine en cuisine.

Vous pourrez voir un temps vos écrits estimésCourir de main en main par la ville semés,Puis suivre avec Boileau, ce rebut de notre âge,Et la Lettre à Costar et l’Avis à Ménage.

Puis de là, tout poudreux, ignorés sur la terre,Suivre, chez l’épicier, Neufgermain et La Serre.

À vous, héros honteux de mes premiers écrits.

Laxis laterum compagibus omnesAccipiunt inimicum imbrem, rimisque fatiscunt.

Tantane vos generis tonuit fiducia vestri ? (v. 136.)

Hic fessas non vinciila navesUlla tenent, unco non alligat anchora morsu. (172-73.)

Optata potiuntur Troes arena. (176.)

Suscepitque ignem foliis, atque arida circumNutrimenta dedit, rapuitque in fomite flammam. (179-80.)

Heureuse médiocrité,Préside à mes désirs, préside à ma fortune ;Écarte loin de moi l’affreuse pauvreté,Et d’un sort trop brillant la splendeur importune.

L’enfer s’émeut au bruit de Neptune en furie.Pluton sort de son trône ; il pâlit, il s’écrie ;Il a peur que ce dieu, dans cet affreux séjour,D’un coup de son trident ne fasse entrer le jour, etc.

Toi, dont le front brillant fait pâlir les étoiles,Toi qui contrains la nuit à retirer ses voiles,Triste image, à mes yeux, de celui qui t’a fait,Que ta clarté m’afflige, et que mon cœur te hait !Ta splendeur, ô soleil ! rappelle à ma mémoireQuel éclat fut le mien dans le temps de ma gloire ;Élevé dans le ciel, près de mon souverain,Je m’y voyais comblé des bienfaits que sa main,Sans jamais se lasser, versait en abondance.

Toi, sur qui mon tyran prodigue ses bienfaits,Soleil, astre de feu, jour heureux que je hais,

Jour qui fais mon supplice et dont mes yeux s’étonnent,Toi qui sembles le dieu des cieux qui t’environnent,Devant qui tout éclat disparaît et s’enfuit ;Qui fais pâlir le front des astres de la nuit ;Image du Très-Haut, qui régla ta carrière.Hélas ! j’eusse autrefois éclipsé la lumière.Sur la voûte des cieux élevé plus que toi,Le trône où tu t’assieds s’abaissait devant moi.Je suis tombé, l’orgueil m’a plongé dans l’abîme.

Le vrai seul est aimable ;Il doit régner partout, et même dans la fable.

N’est-ce pas toi, voyant le monde à peine éclos,Qui, par l’éclat trompeur d’une funeste pomme,Et tes mots ambigus, fis croire au premier hommeQu’il allait, en goûtant de ce morceau fatal,Comblé de tout savoir, à Dieu se rendre égal ?

Tu fus, comme serpent, dans l’arche conservée, (v. 78.)

On ne reconnut plus qu’usurpateurs iniques. (v. 121.)

Vous-même, où seriez-vous, vous qui la combattez,Si toujours Antiope, à ses lois opposée,D’une pudique ardeur n’eût brûlé pour Thésée ?

Et cherchez bien de Paris jusqu’à Rome,Onc ne verrez sot qui soit honnête homme.

Nul n’est, en tout, si bien traité qu’un sot.

Vous êtes-vous, seigneur, imaginé,Le cœur humain de près examiné,En y portant le compas et l’équerre,Que l’amitié par l’estime s’acquière ?

Morosophie inventa l’art d’écrire…Mille autres arts encor plus détestablesFurent le fruit de ses soins redoutables.

Félicité passée,Qui ne peut revenir,Tourment de ma pensée,Que n’ai-je, en te perdant, perdu le souvenir !

L’indulgente et sage natureÀ formé l’âme de NinonDe la volupté d’ÉpicureEt de la vertu de Caton.

Il ne faut pas qu’on s’étonneSi parfois elle raisonneDe la sublime vertuDont Platon fut revêtu ;Car, à bien compter son âge,Elle doit avoir… vécuAvec ce grand personnage.

De monsieur Rémond voici le portrait :Il a tout à fait l’air d’un hareng sauret.

Il rime, il cabale,Est homme de cour,Se croit un Candale,Se dit un Saucour.Il passe en scienceSocrate et Platon ;Cependant il danseTout comme Balon.

De monsieur Rémond voici le portrait :Il a tout à fait l’air d’un hareng sauret.

Turpe putaverunt parere minoribus ; et quæImberbes didicere, senes perdenda fateri.

(Hor., lib. II, ep. I, v. 85-86.)

A nation here I pity and admire,Whom noblest sentiments of glory fire;Yet taught by custom’s force, and bigot fear,To serve with pride, and boast the yoke they bear;Whose nobles born to cringe and to command,In courts a mean, in camps a gen’rous band,From priests and stock-jobbers content receiveThose laws their dreaded arms to Europe give:Whose people vain in want, in bondage blest;Tho’ plunder’d, gay ; industrious, tho’ opprest;With happy follies rise above their fate;The jest and envy of a wiser state.

Tel est l’esprit français ; je l’admire et le plains.Dans son abaissement quel excès de courage !La tête sous le joug, les lauriers dans les mains,Il chérit à la fois la gloire et l’esclavage.Ses exploits et sa honte ont rempli l’univers :Vainqueur dans les combats, enchaîné par ses maîtres,Pillé par des traitants, aveuglé par des prêtres ;Dans la disette il chante : il danse avec ses fers.Fier dans la servitude, heureux dans sa folie,De l’Anglais libre et sage il est encor l’envie.

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