Thélème et Macare
Contes en vers
THÉLEME ET MACARE
Thélème est vive, elle est brillante ;Mais elle est bien impatiente ;Son œil est toujours ébloui,Et son cœur toujours la tourmente.Elle aimait un gros réjouiD’une humeur toute différente.Sur son visage épanouiEst la sérénité touchante ;Il écarte à la fois l’ennui,Et la vivacité bruyante.Rien n’est plus doux que son sommeil,Rien n’est plus beau que son réveil ;Le long du jour il vous enchante.Macare est le nom qu’il portait.Sa maîtresse inconsidéréePar trop de soins le tourmentait :Elle voulait être adorée.En reproches elle éclata :Macare en riant la quitta,Et la laissa désespérée.Elle courut étourdimentChercher de contrée en contréeSon infidèle et cher amant,N’en pouvant vivre séparée.Elle va d’abord à la cour.« Auriez-vous vu mon cher amour,N’avez-vous point chez vous Macare ? »Tous les railleurs de ce séjour
Sourirent à ce nom bizarre.« Comment ce Macare est-il fait ?Où l’avez-vous perdu, ma bonne ?Faites-nous un peu son portrait.— Ce Macare qui m’abandonne,Dit-elle, est un homme parfait,Qui n’a jamais haï personne,Qui de personne n’est haï,Qui de bon sens toujours raisonne,Et qui n’eut jamais de souci.À tout le monde il a su plaire. »On lui dit : « Ce n’est pas iciQue vous trouverez votre affaire,Et les gens de ce caractèreNe vont pas dans ce pays-ci. »Thélème marcha vers la ville.D’abord elle trouve un couvent,Et pense dans ce lieu tranquilleRencontrer son tranquille amant.Le sous-prieur lui dit : « Madame,Nous avons longtemps attenduCe bel objet de votre flamme,Et nous ne l’avons jamais vu.Mais nous avons en récompenseDes vigiles, du temps perdu,Et la discorde, et l’abstinence. »Lors un petit moine tonduDit à la dame vagabonde :« Cessez de courir à la rondeAprès votre amant échappé ;Car, si l’on ne m’a pas trompé,Ce bonhomme est dans l’autre monde. »À ce discours impertinentThélème se mit en colère :« Apprenez, dit-elle, mon frère,Que celui qui fait mon tourmentEst né pour moi, quoi qu’on en dise :Il habite certainementLe monde où le destin m’a mise,Et je suis son seul élément :Si l’on vous fait dire autrement,On vous fait dire une sottise. »
La belle courut de ce pasChercher au milieu du fracasCelui qu’elle croyait volage.« Il sera peut-être à Paris,Dit-elle, avec les beaux espritsQui l’ont peint si doux et si sage. »L’un d’eux lui dit : « Sur mon avis.Vous pourriez vous tromper peut-être :Macare n’est qu’en nos écrits ;Nous l’avons peint sans le connaître. »Elle aborda près du Palais,Ferma les yeux, et passa vite :Mon amant ne sera jamaisDans cet abominable gîte ;Au moins la cour a des attraits,Macare aurait pu s’y méprendre ;Mais les noirs suivants de ThémisSont les éternels ennemisDe l’objet qui me rend si tendre. »Thélème au temple de Rameau,Chez Melpomène, chez Thalie,Au premier spectacle nouveau,Croit trouver l’amant qui l’oublie.Elle est priée à ces repasOù président les délicats,Nommés la bonne compagnie.Des gens d’un agréable accueilY semblent, au premier coup d’œil,De Macare être la copie.Mais plus ils étaient occupésDu soin flatteur de le paraître,Et plus à ses yeux détrompésIls étaient éloignés de l’être.Enfin Thélème au désespoir,Lasse de chercher sans rien voir,Dans sa retraite alla se rendre.Le premier objet qu’elle y vitFut Macare auprès de son lit,Qui l’attendait pour la surprendre.« Vivez avec moi désormais,Dit-il, dans une douce paix,Sans trop chercher, sans trop prétendre ;
Et si vous voulez posséderMa tendresse avec ma personne,Gardez de jamais demanderAu delà de ce que je donne. »Les gens de grec enfarinésConnaîtront Macare et Thélème,Et vous diront, sous cet emblème,À quoi nous sommes destinés.Macare, c’est toi qu’on désire ;On t’aime, on te perd ; et je croiQue je t’ai rencontré chez moi ;Mais je me garde de le dire :Quand on se vante de t’avoir,On en est privé par l’envie :Pour te garder il faut savoirTe cacher, et cacher sa vie.
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