Pandore — 1877
Prodige de mes mains, charmes que j'ai fait naître,Je vous appelle en vain, vous ne m'entendez pas :Pandore, tu ne peux connaîtreNi mon amour ni tes appas.Quoi ! j'ai formé ton coeur, et tu n'es pas sensible !Tes beaux yeux ne peuvent me voir !Un impitoyable pouvoirOppose à tous mes voeux un obstacle invincible ;Ta beauté fait mon désespoir.Quoi ! toute la nature autour de toi respire !Oiseaux, tendres oiseaux, vous chantez, vous aimez ;Et je vois ses appas languir inanimés,La mort les tient sous son empire.
Enfant de la terre et des cieux,Tes plaintes et tes cris on ému ce bocage.Parle, quel est celui des dieuxQui t'ose faire quelque outrage ?
Jupiter est jaloux de mon divin ouvrage ;Il craint que cet objet n'ait un jour des autels ;Il ne peut sans courroux voir la terre embellie ;Jupiter à Pandore a refusé la vie !Il rend mes chagrins éternels.
Jupiter ? quoi ! c'est lui qui formerait nos âmes ?L'usurpateur des cieux peut être notre appui ?Non, je sens que la vie et ses divines flammesNe viennent point de lui.
Nous avons pour aïeux la Nuit et le Tartare.Invoquons l'éternelle Nuit ;Elle est avant le Jour qui luit.Que l'Olympe cède au Ténare.
Que l'enfer, que mes dieux répandent parmi nousLe germe éternel de la vie :Que Jupiter frémisse d'envie,Et qu'il soit vainement jaloux.
Ecoutez-nous, dieux de la nuit profonde :De nos astres nouveaux contemplez la clarté ;Accourez du centre du monde ;Rendez fécondeLa terre qui m'a porté ;Animez la beauté ;Que votre pouvoir secondeMon heureuse témérité !
Au séjour de la nuit vos voix ont éclaté ;Le jour pâlit, la terre tremble ;Le monde est ébranlé, l'Erèbe se rassemble.
Nous détestonsLa lumière éternelle ;Nous attendonsDans nos gouffres profondsLa race faible et criminelleQui n'est pas née encore, et que nous haïssons.
Les ondes du Léthé, les flammes du TartareDoivent tout ravager.Parlez, qui voulez-vous plongerDans les profondeurs du Ténare ?
Je veux servir la terre, et non pas l'opprimer.Hélas, à cet objet j'ai donné la naissance,Et je demande en vain qu'il s'anime, qu'il pense.Qu'il soit heureux, qu'il sache aimer.
Notre gloire est de détruire,Notre pouvoir est de nuire :Tel est l'arrêt du sort.Le ciel donne la vie, et nous donnons la mort.
Fuyez donc à jamais ce beau jour qui m'éclaire :Vous êtes malfaisants, vous n'êtes point mes dieux.Fuyez destructeurs odieuxDe tout le bien que je veux faire ;Dieux des malheurs, dieu des forfaits,Ennemis funèbres,Replongez-vous dans les ténèbres ;Ennemis funèbres,Laissez le monde en paix.
Tremble, tremble pour toi-même ;Crains notre retour,Crains Pandore et l'Amour.
Le moment suprêmeVole sur tes pas.Nous allons déchaîner les démons des combats ;Nous ouvrirons les portes du trépas.Tremble, tremble pour toi-même.
Ah, trop cruels amis ! pourquoi déchaînez-vous,Du fond de cette nuit obscure,Dans ces champs fortunés, et sous un ciel si doux,Ces ennemis de la nature ?Que l'éternel chaos élève entre vous et nousUne barrière impénétrable !L'enfer implacableDoit-il animerCe prodige aimableQue j'ai su former ?Un dieu favorableLe doit enflammer.
Puisque tu mets ainsi la grandeur de ton êtreA verser des bienfaits sur ce nouveau séjour,Tu méritais d'en être seul maître.Monte au ciel, dont tu tiens le jour ;Va ravir la céleste flamme :Ose former une âme,Et soit créateur à ton tour.
L'Amour est dans les cieux ; c'est là qu'il faut me rendre :L'Amour y règne sur les dieux.Je lancerai ses traits, j'allumerai ses feux :C'est le dieu de mon coeur, et j'en dois tout attendre.Je vole à son trône éternel :Sur les ailes des vents l'Amour m'enlève au ciel.
Volez, fendez les airs, et pénétrez l'enceinteDes palais éternels ;Ramenez les plaisirs du séjour de la craintes ;En répandant des biens méritez des autels.
Chantez, Nymphes des bois, chantez l'heureux retourDu demi-dieu qui commande à la terre :Il vous apporte un nouveau jour ;Il revient dans ce doux séjourDu séjour brillant du tonnerre :Il revole en ces lieux sur le char de l'Amour.
Quelle douce auroreSe lève sur nous !Terre, jeune encore,Embellissez-vous.Brillantes fleurs, qui parez nos campagnes :Sommet des superbes montagnes,Qui divisez les airs, et qui portez les cieux ;O nature naissante,Devenez plus charmante,Plus digne de ses yeux !
Je le ravis aux dieux, je l'apporte à la terre,Ce feu sacré du tendre Amour,Plus puissant mille fois que celui du tonnerre,Et que les feux du dieu du jour.
Filles du ciel, âme du monde,Passez dans tous les coeurs :
L'air, la terre et l'ondeAttendent vos faveurs.
Que ce feu précieux, l'astre de la nature,Que cette flamme pureTe mette au nombre des vivants.Terre, soit attentive à ces heureux instants :Lève-toi, cher objet, c'est l'Amour qui l'ordonne ;A sa voix, obéis toujours :Lève-toi, l'Amour te donneLa vie, un coeur, et de beaux jours.
Ciel ! ô Ciel ! elle respire !Dieu d'amour, quel est ton empire !
Où suis-je ? et qu'est-ce que je voi ?Je n'ai jamais été ; quel pouvoir m'a fait naître ?J'ai passé du néant à l'être.Quels objets ravissants semblent nés avec moi !
Ces sons harmonieux enchantent mes oreilles ;Mes yeux sont éblouis de l'amas des merveillesQue l'auteur de mes jours prodigue sur mes pas.Ah ! d'où vient qu'il ne paraît pas ?De moment en moment je pense et je m'éclaire.Terre qui me portez, vous n'êtes point ma mère ;Un dieu sans doute est mon auteur :Je le sens, il me parle, il respire en mon coeur.
Ciel ! est-ce moi que j'envisage ?Le cristal de cette onde est le miroir des cieux ;La nature s'y peint ; plus j'y vois mon image,Plus je dois rendre grâce aux dieux.
Pandore, fille de l'Amour,Charmes naissants, beauté nouvelle,Inspirez à jamais, sentez à votre tourCette flamme immortelleDont vous tenez le jour.
Quel objet attire mes yeux !De tout ce que je vois en ces aimables lieux,C'est vous, c'est vous, sans doute, à qui je dois la vie.Du feu de vos regards, mon âme est remplie !Vous semblez encore m'animer.
Vos beaux yeux ont su m'enflammerLorsqu'ils ne s'ouvraient pas encore :Vous ne pouviez répondre, et j'osais vous aimer.Vous parlez, et je vous adore.
Vous m'aimez ! cher auteur de mes jours commencés,Vous m'aimez ! et je vous dois l'être!La terre m'enchantait ; et vous l'embellissez!Mon coeur vole vers vous, il se rend à son maître ;Et je ne puis connaîtreSi ma bouche en dit trop, ou n'en dit pas assez
Vous n'en sauriez trop dire, et la simple natureParle sans feinte et sans détour.Que toujours la race futurePrononce ainsi le nom d'Amour !
Charmant Amour, éternelle puissance,Premier dieu de mon coeur,
Amour, ton empire commence :C'est l'empire du bonheur.
Ciel ! quelle épaisse nuit, quels éclat du tonnerre,Détruisent les premiers instantsDes innocents plaisirs que possédait la terre !Quelle horreur a troublé mes sens !
La terre frémit et le ciel gronde ;Des éclairs menaçantsOnt percé la voûte profondeDe ces astres naissants.Quel pouvoir ébranle le mondeJusqu'en ses fondements ?
Un héros téméraire a pris le feu céleste :Pour expier ce vol audacieux,Montez Pandore, au sein des dieux.
Tyrans cruels !
Ordre funeste !Larmes que j'ignorais, vous coulez de mes yeux.
Obéissez, montez aux cieux.
Ah ! j'étais dans le ciel en voyant ce que j'aime.
Cruels ! ayez pitié de ma douleur extrême.
Barbares, arrêtez.
Venez, montez aux cieux, partez :Jupiter commande ;Il faut qu'on se rendeA ses volontés.Venez, montez aux cieux, partez.Vents, obéissez-nous, et déployez vos ailes ;Vents, conduisez Pandore au voûtes éternelles.
On l'enlève : tyrans jaloux,Dieux, vous m'arrachez mon partage ;Il était plus divin que vous :Vous étiez malheureux, vous étiez en courrouxDu bonheur qui fut mon ouvrage ;Je ne devais qu'à moi ce bonheur précieux.J'ai fait plus que Jupiter même,Je me suis fait aimer. J'animais ces beaux yeux ;Ils m'ont dit en s'ouvrant : Vous m'aimez, je vous aime.Elle vivait par moi, je vivais dans son coeur,Dieux jaloux, respectez nos chaînes.O Jupiter ! ô fureurs inhumaines !Eternel persécuteur.De l'infortune créateur,Tu sentiras toutes mes peines.Je braverai ton pouvoir :Ta foudre épouvantableSera moins redoutableQue mon amour au désespoir.
J'ai vu cet objet sur la terre animé ;Je l'ai vu, j'ai senti des transports qui m'étonnent :Le ciel est dans ses yeux, les grâces qui l'environnent ;Je sens que l'amour l'a formé.
Vous régnez, vous plairez, vous la rendrez sensible.Vous allez éblouir ses yeux à peine ouverts.
Non, je ne fus jamais que puissant et terrible :Je commande à l'Olympe, à la terre, aux enfers ;Les coeurs sont à l'Amour. Ah ! que le sort m'outrage !Quand il donna les cieux, quand il donna les mers,Quand il divisa l'univers,L'Amour eut le plus beau partage.
Que craignez-vous ? Pandore à peine a vu le jour,Et d'elle-même encore à peine a connaissance :Aurait-elle senti l'amourDès le moment de sa naissance ?
L'Amour instruit trop aisément.Que ne peut point Pandore ? elle est femme, elle est belle.La voilà : jouissons de son étonnement.Retirons-nous pour un momentSous les arcs lumineux de la voûte éternelle.Cieux, enchantez ses yeux, et parlez à son coeur ;
Vous déploierez en vain ma gloire et ma splendeur :Vous n'avez rien de si beau qu'elle.
A peine j'ai goûté l'aurore de la vie ;Mes yeux s'ouvraient au jour, mon coeur à mon amant ;Je n'ai respiré qu'un moment.Douce félicité, pourquoi m'es-tu ravie ?On m'avait fait craindre la mort ;Je l'ai connue, hélas ! cette mort menaçante :N'est-ce pas mourir, quand le sortNous ravit ce qui nous enchante ?Dieux, rendez-moi la terre et mon obscurité,Ce bocage où j'ai vu l'amant qui m'a fait naître :Il m'avait deux fois donné l'être :Je respirais, j'aimais : quelle félicité !A peine j'ai goûté l'aurore de la vie, etc.
Que les astres se réjouissent !Que tous les dieux applaudissentAu dieu de l'univers !Devant lui les soleils pâlissent.
Que le sein des mers,
Le fond des enfers,
Les mondes divers,RetentissentD'éternels concerts.Que les astres, etc.
Que tout ce que j'entends conspire à m'effrayer !Je crains, je hais, je fuis cette grandeur suprême.Qu'il est dur d'entendre louerUn autre dieu que ce que j'aime !
Filles du charmant Amour,Régnez dans son empire ;La terre vous désire,Le ciel est votre cour.
Mes yeux sont offensés du jour qui m'environne :Rien ne me plait, et tout m'étonne.Mes déserts avaient plus d'appas.Disparaissez, ô splendeur infinie !Mon amant ne vous voit pas.
Cessez, inutile harmonie !Il ne vous entend pas.
Nouveau charme de la nature,Digne d'être éternel,Vous tenez de la terre un corps faible et mortel,Et vous devez cette âme inaltérable et pureAu feu sacré du ciel.C'est pour les dieux que vous venez de naître ;Commencez à jouir de la divinité :Goûtez auprès de votre maîtreL'heureuse immortalité.
Le néant d'où je sors à peineEst cent fois préférable à ce présent cruel :Votre immortalité, sans l'objet qui m'enchaîne,N'est rien qu'un supplice immortel.
Quoi ! méconnaissez-vous le maître du tonnerre ?Dans les palais des dieux regrettez-vous la terre ?
La terre est mon vrai séjour ;C'est là que j'ai senti l'amour.
Non, vous n'en connaissez qu'une image infidèle,Dans un mode indigne de lui.Que l'amour tout entier, que sa flamme éternelle,Dont vous sentiez une étincelle,De tous ses traits de feu nous embrasse aujourd'hui.
Je les ai tous sentis, du moins j'ose le croire ;Ils ont égalé mes tourments.Ah ! vous avez pour vous la grandeur et la gloire ;Laissez les plaisirs aux amants.
Vous êtes dieu, l'encens doit vous suffire ;Vous êtes dieu, comblez mes voeux.Consolez tout ce qui respire ;Un dieu doit faire des heureux.
Je veux vous rendre heureuse, et par vous je veux l'être.Plaisirs qui suivez vos maîtres,Ministres plus puissants que tous les autres dieux,Déployez vos attraits, enchantez ses beaux yeux :Plaisirs, vous triomphez dès qu'on peut vous connaître.
Aimez, aimez, et régnez avec nous ;Le dieu des dieu est seul digne de vous.
Sur la terre on poursuit avec peineDes plaisirs l'ombre légère et vaine ;Elle échappe et le dégoût la suit.Si Zéphire un moment plait à Flore,Il flétrit les fleurs qu'il fait éclore ;Un seul jour les forme et les détruit.
Aimez, aimez, et régnez avec nous ;Le dieu des dieux est seul digne de vous.
Les fleurs immortellesNe sont qu'en nos champs.L'Amour et le TempsIci n'ont point d'ailes.
Aimez, aimez, et régnez avec nous ;Le dieu des dieux est seul digne de vous.
Oui, j'aime, oui, doux plaisirs, vous redoublez ma flamme ;Mais vous redoublez ma douleur.Dieux charmants, si c'est vous qui faites le bonheur,Allez au maître de mon âme.
Ciel ! ô ciel ! quoi ! mes soins ont ce succès fatal ?Quoi ! j'attendris son âme, et c'est pour mon rival !
Jupiter, arme-toi du foudre ;Prends tes feux, va réduire en poudreTes ennemis audacieux.Prométhée est armé ; les Titans furieuxMenacent les voûtes des cieux ;Ils entassent des monts la masse épouvantable :Déjà leur foule impitoyableApproche de ces lieux.
Je les punirai tous... Seul, je suffis contre eux.
Quoi ! vous le puniriez, vous qui causez sa peine ?Vous n'êtes qu'un tyran jaloux et tout-puissant.Aimez-moi d'un amour encore plus violent,Je vous punirai par ma haine.
Marchons, et que la foudre éclate devant moi.
Cruel ! ayez pitié de mon mortel effroi :Jugez de mon amour, puisque je vous implore.
Prends soin de conduire Pandore.Dieux, que mon coeur est désolé !J'éprouve les horreurs qui menacent le monde.L'univers reposait dans une paix profonde ;Une beauté paraît, l'univers est troublé.
O jour de ma naissance ! ô charmes trop funestes !Désirs naissants, que vous étiez trompeurs !
Quoi ! la beauté, l'amour, et les faveurs célestes,Tous les biens ont fait mes malheurs !Amour, qui m'a fait naître, apaise tant d'alarmes :N'es-tu pas souverain des dieux ?Viens sécher mes larmes,Enchaîne et désarmesLa terre et les cieux.
Terre, contre le ciel apprends à te défendre.Trompettes et tambours, organes de combats,Pour la première fois vos sons se font entendre ;Eclatez, guidez nos pas.
Le ciel sera le prix de votre heureux courage.Amis, je ne prétends que Pandore et sa foi.Laissez-moi ce juste partage ;Marchez, Titans, et suivez-moi.
Courons aux armesContre ces dieux cruels ;
Répandons les alarmesDans les coeurs immortels.Courons aux armesContre ces dieux cruels.
Le tonnerre en éclats répond à nos trompettes.
Jupiter quitte ses retraites ;La foudre a donné le signal :Commençons ce combat fatal.
Tambours, trompettes, et tonnerre,Dieux et Titans, que faites-vous ?Vous confondez par vos terribles coups,Les enfers, le ciel et la terre.
Cédez, tyrans de l'univers ;Soyez punis de vos fureurs cruelles :Tombez, tyrans.
Mourez, rebelles.
Tombez, descendez dans nos fers.
Précipitez-vous aux enfers.
Terre, ciel, ô douleur profonde !Dieux, Titans, calmez mon effroi.J'ai causé les malheurs du monde :Terre, ciel, tout périt pour moi.
Lançons nos traits.
Frappez, tonnerre.
Renversons les dieux.
Détruisons la terre.
Tombez, descendez dans nos fers ;Précipitez-vous aux enfers.
Arrêtez ; le Destin, qui vous commande à tous,Veut suspendre vos coups.
Etre inaltérable,Souverain des temps,Dicte à nos tyransTon ordre irrévocable.
O destin, parle, explique-toi :Les dieux fléchiront sous ta loi.
Cessez, cessez, guerre funeste ;Ce jour forme un autre univers.Souverains du séjour céleste,Rendez Pandore à ses déserts.Dieux, comblez cet objet de tous vos dons divers.Titans, qui jusqu'au ciel avez porté la guerre,Malheureux, soyez terrassés ;A jamais gémissezSous ces monts renversés,Qui vont retomber sur la terre.
O Destin ! le maître des dieuxEst l'esclave de ta puissance.Eh bien ! sois obéi ; mais que ce jour commenceLe divorce éternel de la terre et des cieux.Némésis, sort des sombres lieux.
Séduis le coeur,trompe les yeuxDe la beauté qui m'offense.Pandore, connais ma vengeanceJusque dans mes dons précieux.Que cet instant commenceLe divorce éternel de la terre et des cieux.
Eh quoi ! vous me quittez, cher amant que j'adore ?Etes-vous soumis ou vainqueur ?
La victoire est à moi, si vous m'aimez encore.L'Amour et le destin parlent en ma faveur.
Eh quoi ! vous me quittez, cher amant que j'adore ?
Les Titans sont tombés ; plaignez leur sort affreux.Je dois soulager leur chaîne.Apprenons à la race humaineA secourir les malheureux.
Demeurez un moment. Voyez votre victoire.Ouvrons ce don charmant du souverain des dieux :Ouvrons.
Que faites-vous ? hélas, daignez me croire.Je crains tout d'un rival ; et ces soins curieuxSont des pièges nouveaux que vous tendent les dieux.
Quoi ! vous pensez...?
Songez à ma prière,
Songez à l'intérêt de la nature entière,Et du moins, attendez mon retour en ces lieux.
Eh bien ! vous le voulez ; il faut vous satisfaire.Je soumets ma raison ; je ne veux que vous plaire.Je jure, je promets à mes tendres amoursDe vous croire toujours.
Vous me le promettez ?
J'en jure par vous-même.On obéit dès que l'on aime.
C'en est assez, je pars, et je suis rassuré.Nymphes des bois, redoublez votre zèle ;Chantez cet univers détruit et réparé.Que tout s'embellisse à son gré,Puisque tout est formé pour elle.
Voici le siècle d'or, voici le temps de plaire.Doux loisir, ciel pur, heureux jours,Tendres amours,La nature est votre mère.Comme elle, durez toujours.
La discorde, la triste guerre,Ne viendront plus nous affliger :Le bonheur est né sur la terre.Le malheur était étranger.Les fleurs commencent à paraître ;Quelle main pourrait les flétrir ?Les plaisirs s'empressent de naître ;Quels tyrans les feraient périr ?
Voici le siècle d'or, etc.
Vous voyez l'éloquent Mercure ;Il est avec Pandore, il confirme en ces lieux,De la part du maître des dieux,
La paix de la nature.
Je vous l'ai déjà dit, Prométhée est jaloux ;Il abuse de sa puissance.
Il est l'auteur de ma naissance,Mon roi, mon amant, mon époux.
Il porte à trop d'excès les droits qu'il a sur vous.Devrait-il jamais vous défendreDe voir ce don charmant que vous tenez des dieux ?
Il craint tout ; son amour est tendre,Et j'aime à complaire à ses voeux.
Il en exige trop, adorable Pandore ;Il n'a point fait pour vous ce que vous méritez.Il put en vous formant vous donner des beautésDont vous manquez peut-être encore.
Il m'a fait un coeur tendre, il me charme, il m'adore ;Pouvait-il mieux m'embellir ?
Vos charmes périront.
Vous me faites frémir !
Cette boite mystérieuseImmortalise la beauté :Vous serez, ne ouvrant ce trésor enchanté,Toujours belle, toujours heureuse' ;Vous régnerez sur votre époux ;Il sera soumis et facile.Craignez un tyran jaloux ;Formez un sujet docile.
Non, il est mon amant, il doit l'être à jamais.Il est mon roi, mon dieu, pourvu qu'il soit fidèle.C'est pour l'aimer toujours qu'il faut être immortelle ;C'est pour le mieux charmer que je veux plus d'attraits.
Ah ! c'est trop vous défendre ;Je sers vos tendres amours ;Je ne veux que vous apprendreA plaire, à brûler toujours.
Mais, n'abusez-vous point de ma faible innocence ?Auriez-vous tant de cruauté ?
Ah ! qui pourrait tromper une jeune beauté ?Tout prendrait votre défense.
Hélas, je mourrais de douleur,Si je méritais sa colère,Si je pouvais déplaireAu maître de mon coeur.
Au nom de la nature entière,Au nom de votre époux, rendez-vous à ma voix.
Ce nom l'emporte, et je vous crois ;Ouvrons.
Quelle vapeur épaisse, épouvantable.
M'a dérobé le jour et trouble tous mes sens ?Dieu trompeur, ministre implacable !Ah ! quels maux affreux je ressens !Je me vois punie et coupable.
Fuyons de la terre et des airs.Jupiter est vengé, rentrons dans les enfers.
Ô surprise ! Ô douleur profonde !Fatale absence ! horribles changements !Quels astres malfaisantsOnt flétri la face du monde ?Je en vois point Pandore ; elle ne répond pasAux accents de ma voix plaintive.Pandore ! mais, hélas ! de l'infernale riveLes monstres déchaînés volent dans ces climats.
Les temps sont remplis :Voici notre empire ;Tout ce qui respireNous sera soumis.La triste froidureGlace la natureDans les flancs du Nord.La Crainte tremblante,L'Injure arrogante,Le sombre Remord,La Guerre sanglante,Arbitre du sort,Toutes les furiesVont avec transportDans ces lieux impiesApporter la mort.
Quoi ! la mort en ces lieux s'est donc fait un passage !Quoi ! la terre a donc perd son éternel printemps,Et ces malheureux habitantsSont tombés en partageA la fureur des dieux, de l'enfer, et du temps !Ces nymphes de leurs pleurs arrosent ce rivage.Pandore ! cher objet, ma vie et mon image,
Chef-d'oeuvre de mes mains, idole de mon coeur,Répondez à ma douleur.Je la vois, de ses sens elle a perdu l'usage.
Ah ! je suis indigne de vous ;J'ai perdu l'univers, j'ai trahi mon époux.Punissez-moi : nos maux sont mon ouvrage.Frappez.
Moi, la punir !
Frappez, arrachez-moiCette vie odieuseQue vous rendiez heureuse,Ce jour que je vous doi.
Tendre époux, essuyez ses larmes ;Faites grâce à tant de beauté :L'excès de sa fragilitéNe saurait égaler ses charmes.
Quoi ! malgré ma prière, et malgré vos serments,Vous avez donc ouvert cette boite odieuse ?
Un dieu cruel, par ses enchantements,A séduit ma raison faible et trop curieuse.O fatale crédulité !Tous les maux sont sortis de ce don détesté,Tous les maux sont venus de la triste Pandore.
Tous les biens sont à vous, l'Amour vous reste encore.
Je combattrai pour vous le Destin rigoureux.Aux humains j'ai donné l'être ;Ils ne seront point malheureuxQuand il n'auront que moi pour maître.
Consolateur charmant, dieu digne de mes voeux,Vous qui vivez dans moi, vous, l'âme de mon âme,Punissez Jupiter en redoublant la flammeDont vous nous embrasez tous deux.
Le ciel en vain sur nous rassembleLes maux, la crainte, et l'horreur de mourir.Nous souffrirons ensemble,Et ce n'est point souffrir.
Descendez, douce Espérance,Venez, Désirs flatteurs ;Habitez dans tous les coeurs,Vous serez leur jouissance.Fussiez-vous trompeurs,C'est vous qu'on implore ;Par vous on jouit,Au moment qui passe et qui fuit,Du moment qui n'est pas encore.
Des destins la chaîne redoutableNous entraîne à d'éternels malheurs :Mais l'Espoir, à jamais secourable,De ses mains viendra sécher nos pleurs.Dans nos maux il sera des délices ;Nous aurons de charmantes erreurs ;Nous serons au bord des précipices,Mais l'Amour les couvrira de fleurs.
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