XII
L’angoisse et la tristesse qui emplissaient ses yeux, si souvent, ses chers yeux, — cette angoisse que rien ne pouvait dissiper et qui se dressait, autrefois, entre nous, comme un lac de ténèbres ; cette tristesse maudite qui surgissait soudain, en vapeur grise, dans ses yeux bleus, à nos heures les plus tendres — l’angoisse et la tristesse, maintenant, sont éteintes.
Dès qu’elle m’aperçoit, son regard s’illumine d’une clarté de joie. Son visage s’épanouit, fleurit, se transfigure.
Son sourire rayonne, d’une infinie douceur.
Et je suis radieux de sa gaieté rieuse : Ma mie, je suis heureux, heureux de ta bonne joie, lui dis-je, souriant aussi à son sourire !
— Je suis comme une enfant, murmure sa voix lente… oui, je ris, sans raison. Je te semble puérile… Mais j’ai besoin de rire, et cela m’est très doux !
Sa main vient à la mienne. Nos yeux aussi se lient, dans une joie très charmante ils se mêlent, riants.
Son sourire rayonne, d’une infinie douceur.
Si j’étais le fervent, le très crédule éphèbe, qui cueille tout présage comme signe de bonheur, lorsqu’Elle me sourit ainsi, la bien-aimée, je penserais : « Enfin !… C’est l’amour… l’amour tendre et profond que parfois je rêve et je désire, l’amour dont j’ai guetté tant de fois l’éclosion dans l’immense mystère de ces yeux que j’adore. »
Mais je sais triompher des espoirs décevants. Et je ne veux pas croire aux miracles, aux prodiges…
Je sais qu’Elle est divine, et douce, qu’Elle accueille mes adorations comme une idole émue qui aime les ferveurs, écoute les prières, exauce gracieusement les invocations.
Son sourire exquis et câlin me suggère les plus douces folies…
Ce sourire me semble une caresse plus intime que toutes les caresses ; n’est-ce pas du bonheur qu’il reflète, qu’il avoue…
Elle est heureuse ?… Un peu… un peu, puisqu’elle rit…
Son visage charmant s’épanouit tout entier. J’y découvre de neuves et tendres apparences… le regard est plus doux encore, et plus profond. La bouche, en s’entr’ouvrant, me laisse voir ses perles. Et c’est surtout cette chose qu’on ne peut exprimer avec des mots humains, cette transfiguration complète de tout l’être, qu’on ne voit pas… qu’on sent…
Son sourire rayonne, d’une infinie douceur…
— Tu vois, je ris encore, me dit-elle. Et sa tête a un mouvement plus tendre, un mouvement d’enfant qui l’approche de moi, l’incline sur mon épaule.
Alors, elle s’abandonne, comme en un sûr refuge où son âme encore lourde des angoisses passées, des tristesses éteintes, jouit du calme, de la paix, de la douceur de vivre…
Sois heureuse et rieuse, ô ma très chère… oublie tout le passé… ne songe pas à l’avenir… Vis cette heure présente, ainsi, dans un sourire…
Son sourire rayonne, d’une infinie douceur…
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