XV
Sa voix est lente et douce ainsi qu’une caresse…
Mon cœur s’épanouit, aussitôt qu’Elle parle… C’est une divine et troublante harmonie. Les mots qu’elle prononce semblent se fondre en une musique lointaine de rêve et de féerie… Oui, sa voix est la voix qu’on n’entend qu’en songe, le murmure délicieux qui s’échappe en frémissant des lèvres roses d’une fée…
Sa voix est lente et douce ainsi qu’une caresse…
Lorsque je viens près d’elle, las des luttes de la vie, l’esprit tout martelé par les voix dures, les voix aiguës, les voix lourdes et malfaisantes, elle m’accueille, l’aimée, avec son doux sourire et ses paroles douces. Et tout s’apaise en moi… les détresses d’hier et d’aujourd’hui s’effacent ; je me sens transporté dans l’azur, dans la lumière ; je retrouve le ciel que sa présence me crée.
Sa voix est lente et douce ainsi qu’une caresse.
Oh ! parle, mon aimée, parle, parle, berce-moi de la chère harmonie qui m’enchante et m’éjouit. Dis-moi tes tristesses ou tes joies, dis-moi ton amour pour les fleurs, pour la beauté du paysage qui nous environne ; dis-moi des choses banales, et si tu veux, dis-moi même des choses méchantes ; mais parle, parle-moi…
Ta voix est lente et douce ainsi qu’une caresse.
Oui, c’est une caresse qui descend sur mon cœur ! Dans cet enveloppement voluptueux et câlin de tes paroles, je frissonne, je tremble, et je voudrais pleurer. Pleurer est délicieux, quand on pleure de joie !
Les magiciens nous disent : Le verbe est une force que rien ne peut briser. Ils ont raison, les mages : ta voix a la puissance suprême, irrésistible d’un philtre ensorcelé.
Ta voix est lente et douce ainsi qu’une caresse.
Hier, dans ma folie, je voulais secouer le joug, le tendre joug de mon cher esclavage. Je me croyais très fort. J’étais allé vers toi, le cœur affranchi, les yeux rieurs, l’allure impertinente… Doucement tu m’as parlé… Et mes résolutions se sont évanouies, ma force n’a été que faiblesse puérile, et j’ai voulu reprendre mes liens, mes chers liens…
Ta voix est lente et douce ainsi qu’une caresse.
⁂
Auprès d’elle, c’est une sensation profonde, apaisante et divine d’enchantement.
Je ne puis me rassasier de son charme.
Je resterais des heures, des jours, en contemplation, immobile et ravi. J’aime qu’Elle se prête à ma pieuse fantaisie, qu’Elle se laisse admirer, qu’Elle ne parle point…
Alors mes yeux, lentement, parcourent et goûtent toutes les beautés diverses de son visage.
Ils s’égarent d’abord dans les rayons d’or de sa chevelure. Oh ! ses cheveux, comme je les aime. Ils sont sa douce et flamboyante auréole ; ils frissonnent sous mes yeux et tremblent sous mes lèvres.
Et son front, son cher front, où se dessinent parfois, comme des nuées aux cieux, de légers plis troublants, tristes et mélancoliques.
Et ses yeux, ses yeux bleus où mon regard se plonge et se noie en d’infinis et exquis abandons. Et ses lèvres rosées, doux nid pour mes baisers, ses lèvres que parfois son doux sourire déclôt : alors elles s’épanouissent, elles s’entr’ouvrent ; et j’aperçois ses dents dont j’aime la morsure, ses dents dont je voudrais sentir les
pointes aiguës suppliciant ma chair, la mettant en lambeaux.
Mes yeux vont, tourbillonnent, s’efforcent de capter la grâce et la beauté de toutes les parties de son visage adoré, de les savourer toutes à la fois.
Non, je ne connais rien de plus enchantant, que cette possession d’une chère tête aimée que le regard cueille et prend, longuement, tendrement, passionnément.
Elle me dit parfois :
— Pourquoi me regardes-tu, mon chéri, dis, pourquoi ?
Je balbutie des mots vagues, incohérents. Je voudrais des paroles précieuses, subtiles, ensorcelantes, pour lui faire comprendre toute la joie que me donne sa merveilleuse beauté.
Mais les mots ne peuvent pas exprimer l’adoration. Seuls, les agenouillements, et peut-être, des cris, oui des cris sauvages, des hurlements, et des larmes, sont capables de rendre l’intense palpitation du fervent qui contemple un visage divin.
Oui, des cris !…
Oui, des pleurs !…
L’extatique, qui voit apparaître son dieu, dans une cathédrale miraculeuse, est ainsi, brusquement anéanti ; toute vie s’arrête, il semble que le corps n’existe plus, et que l’âme seule vit, l’âme flamboyante et magnifiée par la présence mystérieuse de la beauté suprême, immense et infinie.
La femme qu’on adore, n’est-elle pas notre dieu. N’est-elle pas plus puissante que toute divinité
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